En ce moment
 

Scandale Nobel: l'ex-secrétaire perpétuelle de l'Académie suédoise rend son fauteuil

Scandale Nobel: l'ex-secrétaire perpétuelle de l'Académie suédoise rend son fauteuil
Sara Danius (c), le 10 décembre 2018 au Concert Hall de Stockholm, en SuèdeJonathan NACKSTRAND

L'essayiste Sara Danius a annoncé mardi qu'elle rendait son fauteuil à l'Académie suédoise qui décerne le prix Nobel de littérature, près d'un an après avoir déjà démissionné de son poste de secrétaire perpétuelle de cette institution en proie à un scandale sur fond de mouvement #MeToo.

Sa démission est le dernier rebondissement d'un immense scandale qui a culminé avec le report d'un an de l'annonce du Nobel de littérature 2018, lequel sera donc décerné cette année en même temps que le prix 2019.

"J'ai décidé de renoncer à mon fauteuil (...) jadis occupé par la première femme élue à l'académie, Selma Lagerlöf", auteur du "Merveilleux voyage de Nils Holgersson", a indiqué Sara Danius dans un communiqué. "Ce fut un honneur", a ajouté l'essayiste suédoise.

Essayiste et professeure de littérature à l'université de Stockholm, Sara Danius, 56 ans, était entrée à l'Académie en 2013 et en était devenue deux ans plus tard la secrétaire perpétuelle, première femme à ce poste depuis la création de la Svenska Akademien en 1786.

Fonction prestigieuse qui a fait de cette intellectuelle passionnée de mode, aux tenues de gala flamboyantes, la voix et le visage de l'académie lors de l'annonce du Nobel de littérature devant les caméras du monde entier entre 2015 et 2017.

Elle aura ainsi présidé au sacre de la Bélarusse Svetlana Alexievitch, mais surtout à celui du chanteur américain Bob Dylan, un choix assumé crânement par Sara Danius mais qui avait suscité de vives réactions dans le monde des lettres.

En octobre 2017, l'académie avait attribué le prix Nobel à l'écrivain britannique Kazuo Ishiguro, perçu comme l'expression d'un retour à l'orthodoxie pour un cénacle chahuté tant en ses murs qu'à l'extérieur.

Mais quelques semaines plus tard, en plain mouvement #MeToo, 18 femmes accusaient de harcèlement et d'agressions, dans une tribune publiée par le quotidien de référence Dagens Nyheter, une personnalité influente de la scène culturelle suédoise.

Marié à une académicienne, Jean-Claude Arnault, un Français septuagénaire, recevait également de généreux subsides de l'académie, se vantait d'en être le "19e membre" et, selon des témoins, soufflait le nom des futurs lauréats du Nobel à ses amis.

Il a été condamné en appel en décembre dernier à deux ans et six mois de prison ferme pour le viol à deux reprises d'une des signataires de la tribune. Il a saisi la Cour suprême.

Le scandale avait mis au jour le fonctionnement opaque de l'académie, les rivalités entre ses membres, la dénonciation par les soutiens de Sara Danius des forces du "patriarcat" à l'oeuvre en son sein, et la culture du silence qui protégeait le Français.

L'Académie suédoise a depuis connu une hémorragie de membres. Mme Danius avait elle-même abandonné ses prérogatives de secrétaire perpétuelle en avril 2018 tout en conservant son fauteuil.

Anders Olsson, qui assure actuellement le secrétariat perpétuel par intérim, a indiqué mardi qu'il restait trois fauteuils à pourvoir et qu'ils seraient sans doute alloués à des femmes.

"C'est nécessaire pour l'équilibre entre hommes et femmes dans l'académie", a-t-il plaidé.

Vos commentaires