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La Terre devient plus verte et c'est grâce à deux gros pollueurs: comment l'Inde et la Chine sont-ils en train de "végétaliser" notre planète?

La Terre devient plus verte et c'est grâce à deux gros pollueurs: comment l'Inde et la Chine sont-ils en train de

Une Terre plus verte arborant une végétation plus dense. Voici la conclusion d'une étude réalisée par la Nasa et publiée il y a quelques jours dans le revue scientifique Nature Sustainability. Selon celle-ci, en près de 20 ans, la surface végétale de la Terre a augmenté de 5%. Cette nouvelle aire est équivalente à celle de l'Amazonie.

Depuis le début des années 2000, les scientifiques s'intéressent à la surface de végétaux qui recouvrent la Terre. Pour ce faire, des images satellites sont capturées et analysées. Selon celles-ci, la surface végétale de la Terre a cru de 5%. Cette nouvelle acquisition est comparable à l'aire de l'Amazonie. Les principaux acteurs de cette tendance sont l'Inde et la Chine. Chi Chen, chercheur à l’université de Boston et l’un des auteurs d'une étude explique que ces deux pays ont participé à "plus d’un tiers du reverdissement de la planète, alors qu’ils ne représentent que 9 % des surfaces végétales de la Terre".


Qu'entend-on par "végétalisation de la planète"? 

La Terre verdit. En jargon scientifique, on parle de "végétalisation". Ici, il s'agit d'"un processus volontaire de replantation et de reconstruction du sol des terrains perturbés par l'homme ou suite à une catastrophe naturelle", comme le rapporte le site spécialisé Actu Environnement. Les deux pollueurs que sont l'Inde et la Chine ont entrepris une végétalisation depuis quelques années en adoptant des stratégies radicalement opposées, comme le montre l'étude de la Nasa.


Comment chaque État a-t-il procédé? 

En Chine, cette végétalisation est principalement due à la reforestation. Depuis plusieurs années, "l'Empire du Milieu" procède à la plantation de forêts dans le cadre de son vaste projet écologique appelé la "Grande muraille verte de Chine". Objectif: recouvrir plus de 20% du territoire de chinois de forêts d'ici 2020. En 2018, plus de 6 millions d'hectares de forêts ont déjà été plantés. 

En s'engageant dans son plus vaste chantier environnemental, la Chine contribue à la végétalisation de la planète. Parallèlement, 32% de cet apport végétal ont été permis grâce à l'extension de terres agricoles. Depuis 2011, le pays aménage ses terres afin qu'elles deviennent résistantes à la sécheresse et aux inondations. Il espère ainsi améliorer ses rendements, notamment en termes de production céréalière, afin de les exporter à l'étranger. 

En Inde, le processus est quelque peu différent. À l'inverse de la Chine où la reforestation est majoritaire, l'Inde n'a pas beaucoup planté d'arbres. Seuls 4,4% de la végétalisation s'explique par le développement de forêts. À noter que le Madhya Pradesh, un État du centre de l'Inde, avait tout de même battu le record de plantations d'arbres en 2017. Plus de 66 millions d'arbres avaient été plantés en l'espace de 12 heures. Une performance qui lui avait valu une entrée dans le Guinness Book, comme le détaille un article de Ouest France.

82% de la végétalisation s'explique par le développement de terres agricoles. Bref exposé de la situation du pays pour comprendre les raisons d'une telle expansion: l'Inde s'illustre comme la 2e surface agricole du monde. Le secteur est le premier employeur du pays et fait vivre près de 600 millions d'Indiens. "L’Inde doit nourrir 17% de la population mondiale avec moins de 4% des ressources mondiales en eau et 4% des terres agricoles", relate une publication du ministère français. Le développement de ces terres s'inscrit donc dans une volonté d'accroître son agriculture vivrière.


La Terre verdit, bonne nouvelle?

Pour sauver la planète et endiguer le réchauffement climatique, des efforts semblent être faits par des gouvernements. Aux premiers abords, on aurait donc plutôt tendance à s'en réjouir. D'un côté, les forêts agissent comme un "puits de carbone". Les arbres ont la faculté de stocker durablement le CO2 de l'atmosphère. 

Mais d'un autre côté, le développement des cultures et de l'agriculture intensive n'est pas forcément une bonne nouvelle pour la planète. Victor Brovkin, co-auteur de cette étude, indique que contrairement à la reforestation, les nouvelles cultures agricoles n'empêchent pas la destruction des sols. L’agriculture émet du CO2, du méthane et du protoxyde d’azote. En cause notamment, l'utilisation de pesticides.


Et pendant ce temps, que font les autres pays?

À noter que l'Inde et la Chine ne sont pas les seuls à s'inscrire dans une volonté de végétalisation. En 2015, une quinzaine de pays s'étaient engagés à restaurer plus de 60 millions d'hectares de forêt. Parmi les pays engagés dans des programmes de reforestation figurent: les États-Unis (15 millions d'hectares), l'Éthiopie (15 millions), la République démocratique du Congo (8 millions), le Mexique (7,5), le Guatemala (3,8), le Pérou (3), l'Ouganda (2,5), le Rwanda (2), et à hauteur d'un million d'hectares ou moins le Brésil, le Salvador, le Costa Rica, la Colombie, l'Équateur et le Chili.  

De son côté, le gouvernement australien a annoncé, il y a quelques semaines, vouloir planter un milliard d'arbres sur son territoire d'ici 2050. Une mesure qui permettrait d’éliminer 18 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. Pour ces États, l'objectif reste le même: capter le CO2 de l’atmosphère et de le transformer en molécules organiques à travers le phénomène de la photosynthèse. 

Concrètement, certes la planète verdit mais il est important de nuancer ce phénomène. Des efforts sont entrepris mais la route reste longue."Une fois que les gens ont pris conscience qu'il y a un problème, ils essaient de le réparer. Dans les années 1970 et 1980, la situation végétale en Inde et en Chine était catastrophique, avant une large prise de conscience dans les années 1990. L'espèce humaine peut être incroyablement résiliente", précise Ramakrishna Nemani, un chercheur de la Nasa.

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