Un engouement pour Néandertal, alors que l'homme moderne déçoit, selon une préhistorienne

Un engouement pour Néandertal, alors que l'homme moderne déçoit, selon une préhistorienne
La préhistorienne Marylène Patou-Mathis au Musée de l'homme à Paris, le 26 mars 2018.STEPHANE DE SAKUTIN

Etudes, livres, cours, conférences et à présent une grande exposition à Paris: l'homme de Néandertal est à la mode, peut-être "parce que beaucoup de gens n'aiment pas ce que l'on est devenu", estime la préhistorienne Marylène Patou-Mathis.

Commissaire de l'exposition "Néandertal" qui ouvre mercredi au musée de l'Homme, cette directrice de recherche CNRS à l'Institut de Paléontologie Humaine travaille depuis des décennies à combattre les idées fausses sur Néandertal et à mettre en avant ses talents. Elle vient également de publier un volumineux abécédaire permettant de découvrir "Néandertal de A à Z" (Allary Editions).

Q: Néandertal serait-il à la mode?

R: "Néandertal, c'est devenu le top. Tout le monde s'y intéresse. C'est étonnant le nombre de conférences que l'on me demande de faire un peu partout.

La raison de cet intérêt? Je crois que beaucoup de personnes n'aiment pas ce que l'on est devenu. Pour eux, Sapiens est un destructeur, qui abîme la nature, tue les animaux, est en guerre permanente.

Ils se réfugient dans un +mythe+ autour de Néandertal. Il est perçu comme respectueux de la nature, pacifiste. C'est vrai qu'il n'y a pas de guerres au paléolithique mais c'est le cas aussi chez Sapiens.

A ces gens, je dis +attention!+. J'ai toujours lutté pour dire que Néandertal n'était pas inférieur à nous. Mais aujourd'hui je dis qu'il était ni inférieur, ni supérieur mais différent. Cessons de vouloir toujours hiérarchiser".

Q: A quoi ressemblait notre cousin disparu?

R: "C'était un petit trapu à la tête en ballon de rugby. Son crâne était allongé vers l'arrière. La présence sur l'os occipital d'un bourrelet osseux horizontal ou +chignon+ accentuait l'effet d'allongement.

Au dessus des yeux, Néandertal avait un bourrelet sus-orbitaire très marqué, qui lui faisait comme une visière de casque. Sa face était légèrement prognathe. Il n'avait pas de menton. Son crâne était gros, indice d'un gros cerveau.

Néandertal mesurait 1 m 65 maximum pour ce qui était des hommes et possédait une musculature puissante".

Q: Comment avez-vous rencontré Néandertal?

R: "Lorsque je faisais ma thèse dans les années 1980 je me suis attachée à montrer que Néandertal était un grand chasseur. A l'époque, certains préhistoriens dont l'archéologue américain Lewis Binford soutenaient que seuls les Hommes modernes possédaient le savoir-faire technologique suffisant pour chasser de grands animaux et donc que Néandertal était un simple charognard.

En 2006 j'ai écrit mon premier livre sur lui, intitulé "Néandertal, une autre humanité". A ce moment-là, c'était provocateur de mettre en avant son humanité car beaucoup pensaient qu'il n'avait pas les capacités cognitives de l'Homme moderne.

Une série de recherches ont permis de confirmer que Néandertal possédait la plupart des capacités cognitives typiquement humaines.

Depuis une dizaine d'années, c'est incroyable le nombre de nouvelles informations que l'on a recueilli sur Néandertal, grâce aux diverses techniques d'investigation comme l'analyse de l'ADN ancien".

(Propos recueillis par Pascale MOLLARD-CHENEBENOIT)

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