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Une armée qui a du chien

Une armée qui a du chien
Soldats et chien à l'exercie au 132e bataillon cynophile de l'armée de terre à Suippes le 4 octobre 2018FRANCOIS NASCIMBENI

"Halte ! Attention au chien ! Attention au chien !... Attaque !": le chien s'élance et plante ses crocs dans le vêtement rembourré du soldat qui joue le rôle d'un assaillant armé. Le berger belge ne lâchera pas prise jusqu'au coup de sifflet de son maître.

"Quand le chien arrive, il se jette sur vous à 30 km/h. Et on sent bien la pression de la mâchoire", explique Tanguy, maître-chien, en nage dans sa combinaison de 12 kilos. "C'est impressionnant, on finit toujours avec des bleus mais à force on s'habitue", sourit-il.

Avec plus de 120 binômes homme-chien, le jeune fusilier marin est venu participer au championnat national du chien militaire, organisé sur la base du 132e bataillon cynophile de Suippes (Marne). Au menu des épreuves: dressage, pistage, intervention, détection d'explosifs...Une vitrine des compétences de ces soldats à quatre pattes, déployés en France comme sur tous les théâtres d'opérations extérieures.

Quelque 1.200 chiens sont aujourd'hui employés dans l'armée de Terre, 400 dans la Marine et 600 dans l'armée de l'Air. Une quarantaine d'équipes cynotechniques sont déployées en permanence à l'étranger.

"Le chien offre un appui aux troupes de combat au même titre que les drones, les mortiers ou les missiles anti-chars", fait valoir le colonel Edouard Reynaud, chef de corps du bataillon.

"Si vous arrivez dans une zone habitée, avec des maisons qui ne sont pas sûres, plutôt que d'envoyer trois soldats se faire tirer dessus d'emblée, on peut envoyer un chien qui va tout de suite signaler si la maison est occupée ou pas. Si un individu hostile s'y trouve, en voyant arriver le chien, il sortira de sa cachette ou prendra la fuite", affirme-t-il.

Derrière le colonel, les nerfs d'un concurrent canin sont mis à rude épreuve. Entouré de soldats qui font feu, le malinois reste parfaitement immobile, collé à son maître, indifférent aux balles à blanc qui claquent. Epreuve réussie.

- 200 millions de cellules olfactives -

Plus grand chenil d'Europe, la base militaire de Suippes achète chaque année près de 350 chiens âgés de 10 mois à trois ans, destinés aux trois armées ainsi qu'à des pays étrangers. Le bataillon gère aussi la formation des binômes homme-chien destinés à appuyer l'infanterie.

Races privilégiées: bergers belges malinois, bergers allemands, bergers hollandais, réputés faciles à dresser.

"On ne va pas rechercher l'agressivité inutile", souligne le capitaine Jean-François, l'officier "cyno" du bataillon. "C'est comme l'homme: si le chien est naturellement agressif c'est qu'il a un problème. L'animal recruté doit être sain, savoir revenir au calme très rapidement, être en mesure de défendre son maître et de supporter l'homme".

En fonction de leurs performances, les nouveaux arrivants seront orientés soit dans le +mordant+ (attaque) soit dans la détection d'explosifs. Leur dressage dure environ un an. Une fois atteint l'âge de la retraite, aux alentours de huit ans, il sera adopté par son maître dans 80% des cas.

L'atout majeur de ces recrues: leur odorat ultra-développé. "Chez le chien, le nombre de cellules nerveuses olfactives est d'environ 200 millions, contre 10 à 20 millions seulement chez l'homme", note la vétérinaire-en-chef Caroline.

Mais comme les hommes, ils ont leur fragilités, raconte-t-elle. "On a eu quelques cas de stress post-traumatique au retour d'Afghanistan. Ces chiens ne voulaient plus travailler, certains se léchaient abondamment les flancs, d'autres tournaient en rond... Après enquête on s'est aperçu que ce n'était pas la confrontation à la mort qui provoquait le stress, comme chez l'homme, mais le bruit répété des tirs d'artillerie, des bombardements".

Les chiens militaires ont aussi leurs héros: c'est le cas du malinois Fitas. En 2011, en Afghanistan, le soldat à quatre pattes déjoue une embuscade en faisant fuir un groupe d'insurgés. Capturé par les talibans, il parvient à s'enfuir et rejoindre les lignes françaises après quatre mois de détention. Décoré de la médaille d'or de la Défense nationale, il mourra un peu plus tard d'une maladie contractée lors de sa captivité.

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