VIH/sida : la Prep, une prévention pas assez utilisée en France

VIH/sida : la Prep, une prévention pas assez utilisée en France
Selon un rapport de l'Igas, le Truvada, traitement préventif anti-VIH, est insuffisament utilisé en FranceDENIS CHARLET
sida, Medicaments, pharmacie

Le Truvada, traitement préventif anti-VIH fabriqué par l'américain Gilead, est insuffisamment utilisé en France par les homosexuels et les personnes nées dans des pays d'Afrique subsaharienne, qui constituent la majorité des gens contaminées chaque année en France, selon un rapport de l'Igas rendu public lundi.

Ce moyen de prévention appelée prophylaxie pré-exposition (Prep) fait l'objet d'une campagne d'affichage par l’association Aides.

Ce rapport de mission des inspecteurs Gilles Duhamel et Aquilino Morelle de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), révélé par le quotidien Le Monde, pointe une durée d'instruction de la recommandation temporaire d'utilisation (RTU) du Truvada "anormalement longue".

Un délai qui a entraîné "des contaminations qui auraient pu être évitées" qui seraient "d'environ 350 en tenant compte d'une montée en charge progressive du dispositif", souligne l'Igas dans un communiqué.

"À l’inverse, la mise à disposition du Truvada" via la recommandation temporaire (RTU) "a permis à la France de gagner 7,5 mois par rapport à l'autorisation de mise sur le marché (AMM) européenne et d'éviter ainsi entre 600 et 1.500 contaminations par le VIH" ajoute l'Igas.

L'Igas, "en dépit du caractère très documenté et circonstancié de ce rapport", juge "regrettables le ton virulent parfois employé par ses auteurs ainsi que certains propos excessifs", tout en restant "fortement attachée à la transparence de ses travaux ainsi qu’à l’indépendance de ses inspecteurs".

La mise en œuvre de la recommandation temporaire du Truvada préventif "s'est déroulée de façon satisfaisante". Cette recommandation temporaire a pris fin au 1er mars 2017, avec l'extension de l'autorisation de mise sur la marché ce produit pour la prévention.

Les inspecteurs soulignent cependant "une double inégalité dans l’accès au traitement : inégalité territoriale (au profit des milieux urbains de métropole) et insuffisant recours parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) et les personnes nées dans des pays fortement touchés, essentiellement d'Afrique Sub-saharienne, qui constituent la grande majorité des quelque 6.000 nouvelles contaminations chaque année.

- "Retard accumulé" -

"Une attention toute particulière doit être portée à la situation extrêmement préoccupante en Guyane", ajoutent-ils.

La mise en œuvre de cette mesure de prévention qu'est la Prep est intervenue trois ans après que l'association Aides avait saisi l'Agence du médicament (ANSM), et trois ans et demi après l'autorisation de ce traitement préventif aux États-Unis, intervenue le 16 juillet 2012.

Les inspecteurs déroulent des scénarios évoquant le nombre de contaminations évitées grâce à l'avance de la France en Europe ou au contraire "plusieurs centaines" ou plusieurs milliers qui auraient pu être évitées si le processus de décision avait été plus rapide.

Ils évoquent ainsi "un nombre de contaminations consécutives au retard accumulé" se situant alors "entre 1.666 et 4.000". Une estimation basée sur une hypothèse - dont ils n'ont "pas eu la possibilité de vérifier les fondements", précisent-ils - de la direction générale de la santé qui estimait que "le nombre de contaminations évitées (grâce à la Prep) serait potentiellement de 1.000 à 2.400 par an".

"La France a été le premier pays en Europe à permettre de façon effective, à partir de janvier 2016, l'utilisation du Truvada à titre préventif", souligne auprès de l'AFP le Dr Dominique Martin, directeur général de l'Agence du médicament.

"Cette (dernière) évaluation de l'Igas est un paradoxe absurde par rapport à la réalité, puisqu'on est intervenu avant les autres pays européens", s'indigne-t-il.

En fait, "la Prep est encore peu utilisée - par seulement 6% des personnes concernées, d'après les données dont nous disposons" dit-il en relevant que les estimations de la DGS de 2015 sont "supérieures à ce qu'on observe aujourd'hui".

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