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Vincent Sanchez, médecin très discret et déterminé de Vincent Lambert

Vincent Sanchez, médecin très discret et déterminé de Vincent Lambert
Ambulance à l'entrée de l'hôpital Sébastopol de Reims en juin 2015FRANCOIS NASCIMBENI

Vincent Sanchez, le chef du service de soins palliatifs et de l'unité des cérébrolésés du CHU de Reims qui a procédé à l'interruption des traitements de Vincent Lambert, décédé jeudi, est un homme très discret mais déterminé qui a divisé la famille.

Sollicité par l'AFP, le médecin, dont le nom n'apparaît pas sur le site de l'hôpital, a refusé de répondre. C'est lui qui avait conclu en avril 2018, après concertation collégiale, à l'arrêt des traitements et annoncé le 2 juillet à la famille, déchirée depuis 2013, qu'il relançait le protocole. La Cour de cassation l'avait rendu possible par un arrêt le 28 juin.

"C'est quelqu'un de très secret, il a tout caché à son équipe médicale, sur l'horaire de l'arrêt des traitements par exemple (…) Je le sens très déterminé, depuis le début", jugeait il y a quelques semaines François Lambert, opposé à un acharnement thérapeutique sur son oncle, un ancien infirmier psychiatrique qui était plongé dans un état végétatif et tétraplégique depuis un accident de la route en 2008.

Il voit en lui un homme "très +médecin old school+, assez paternaliste dans un sens, dans ce contexte-là, plutôt très positif: il a fermé toutes les écoutilles, il a décidé d'y aller et il y va, peu importe ce qu'il entend à droite et à gauche".

Âgé de 50 ans, le Dr Sanchez est arrivé à Reims en 2017, succédant à Daniéla Simon, qui avait jeté l'éponge, elle-même ayant remplacé Eric Kariger.

"Je suis rassurée que le médecin n'ait pas craqué et ne se soit pas senti menacé par les promesses de procès" de la part des parents, déclarait Marie-Geneviève Lambert, demi-sœur de Vincent, peu avant son décès.

Diplômé de médecine générale et de gérontologie, titulaire d'un diplôme inter-universitaire en soins palliatifs, Vincent Sanchez, inscrit à l'ordre des médecins de Moselle de 2002 à 2017, exerçait à l'hôpital Robert-Pax de Sarreguemines comme gériatre.

- "Presque effacé" -

"C’est un homme très pondéré, très rationnel, équilibré, légaliste, il veut aller au bout d’une décision validée par les juges", dit Marie Lambert, sœur cadette de Vincent.

Au sein de la partie de la famille favorable à l'arrêt des traitements, on décrit "un homme qui ne paie pas de mine", "qui parle très doucement", "presque effacé, qui ne travaille pas son image", "courageux".

Du côté des parents, farouchement opposés à l'arrêt des traitements de leur fils qu'ils ont considéré jusqu'au bout comme "handicapé", la perception de "ce docteur Sanchez" - adhérent de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs depuis 2016 - est forcément toute autre.

"Il s'est permis de nous envoyer un email, froidement" annonçant le début du premier protocole le 20 mai - interrompu par la décision de la cour d'appel - dénonçait alors Viviane Lambert, la mère, mimant un geste de dédain de la main.

Leurs avocats avaient promis la veille une "plainte disciplinaire aux fins de radiation ainsi que de poursuites pénales à son encontre". A son sujet, Me Jérôme Triomphe préférait "s'abstenir pour ne pas être désagréable".

"C'est un très bon gériatre et un très bon médecin de soins palliatifs mais il est habitué à accompagner des fins de vie, il n'est pas habitué à aider à (faire) reprendre vie à des personnes en état de conscience altérée", estime Edwige Richer, neurologue et médecin de physique et de réadaptation fonctionnelle retraitée qui l'a rencontré pendant l'expertise médicale de l'automne 2018, à la demande des parents. Elle parle d'un médecin "très courtois mais pas du tout ouvert à la discussion".

En 2015, Vincent Sanchez avait reçu à Sarreguemines Jean Leonetti, artisan de la loi de 2005 sur la fin de vie, ex-député LR.

Il suivait 150 patients, dont une partie atteints de la maladie d’Alzheimer, selon Le Républicain Lorrain à qui il déclarait: "chacun devrait préparer ses directives anticipées. Très peu de personnes le font. Or, quand elles ne sont plus en capacité de les formuler, c’est la famille qui s’exprime. Sans forcément suivre les souhaits du malade..."

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