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"Gilets jaunes" à Bordeaux: les commerçants désespérés ne voient pas "le bout du tunnel"

Manifestation de "gilets jaunes" à Bordeaux, le 9 février 2019MEHDI FEDOUACH
Consommation

"On ne voit pas le bout du tunnel", soupire un commerçant. A Bordeaux, bastion "gilets jaunes", chaque samedi se ressemble avec sa manifestation et ses violences, une situation "catastrophique" pour le commerce et l'image touristique de la ville.

"On a vécu des inondations, mais c'est temporaire", dit à l'AFP Philippe Loiseau, vice-président de la Chambre de Commerce et d'Industrie (CCI) Bordeaux-Gironde, "on a vécu des grèves, mais c'est temporaire. Mais la vie qui s'arrête tous les samedis, nous ne l'avions jamais vécu", dit-il.

Et "ce qui est dramatique", poursuit M. Loiseau, "c'est qu'on ne sait pas quand cela va cesser, on ne sait pas quand on va pouvoir reconstruire".

"On ne voit pas le bout du tunnel", renchérit Laurent Tournier, qui préside l'Union départementale des métiers et des industries de l'hôtellerie, des cafés et de la restauration, "les week-ends se suivent et se ressemblent".

Les élus locaux, le maire Alain Juppé en tête, et les responsables économiques de la capitale girondine lancent depuis des semaines des cris d'alarme sur la situation du commerce, demain du tourisme, touchés par une mobilisation sociale qui ne faiblit pas.

Les initiatives s'enchaînent : réunions multipartites, conseils du tribunal de commerce, mise en place d'un fonds d'aide, "task force" CCI-CMA, jusqu'à une rencontre à Bercy ce jeudi.

Si l'heure n'est pas aux comptes définitifs, on commence à tenter une évaluation.

La CCI associée à la Chambre des métiers et de l'Artisanat (CMA), parle de quelque 50% de perte d'activité pour ceux directement touchés en centre-ville, terrain des manifestations.

Les situations sont "disparates" mais certaines sont "catastrophiques", ajoute M. Tournier, dont ce restaurant sur une place centrale où se regroupent toujours des milliers de "gilets jaunes" et pour qui "c'est 85% de perte chaque samedi".

- Risque qu'un commerçant "sorte le fusil" -

"En décembre, j'ai eu 50% de clientèle en moins; depuis le 1er février moins 35% mais moins 50% en chiffre d'affaires", affirme Anne-Lucile Guine en ouvrant le registre de son magasin qui vend des bijoux fantaisie haut de gamme.

"Je suis à la fois bloquée par la manifestation et par les forces de l'ordre", résume-t-elle. Sa boutique, taggée "sous mes yeux", se trouve à la croisée du parcours de la manifestation et d'une barrière policière qui filtre l'accès à une petite avenue et ses boutiques de luxe. Les clients potentiels "ne flânent plus", déplore-t-elle.

"Des manifestants insultent les commerçants, les clients, ça fait peur à tout le monde", ajoute Christian Baulme, président de la Ronde des Quartiers qui regroupe 1.200 commerces. "Maintenant, +gilet jaune+ est confondu avec violence", ajoute ce commerçant qui craint "que l'un d'entre nous ne sorte le fusil et tire, c'est ça le plus grand risque".

Côté tourisme, les chiffres 2018 sont bons mais "j'ai des inquiétudes pour les semaines et les mois qui viennent", dit Stephan Delaux, président de l'Office de Tourisme de Bordeaux qui relève "une certaine mollesse" dans les chiffres de réservations "au moins pour fin février et mars".

L'hôtellerie haut de gamme a déjà enregistré une baisse de 18,5% en décembre. A l'heure des envies de balades de printemps, des +city breaks+, "on voit bien que si ça continue, notre destination ne sera pas programmée", ajoute cet adjoint au maire au Tourisme en pointant l'"image très négative" des violences retransmises dans tous les médias.

Les "+gilets jaunes+ cherchent à améliorer leur sort mais, en l'occurrence, ça dégrade le sort de certains autres", dit-il et "pour mettre en place des opérations de sortie de crise, il faut arriver au bout du tunnel. On n'en est malheureusement pas là".

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