"Tireur de Libé": 25 ans de réclusion criminelle requis en appel

L'accusation a requis la confirmation en appel de la peine de 25 ans de réclusion criminelle prononcée contre Abdelhakim Dekhar, le "tireur de Libé" dépeint comme un "guérillero maladroit" enfermé daFRED DUFOUR

L'accusation a requis mercredi la confirmation en appel de la peine de 25 ans de réclusion criminelle prononcée contre Abdelhakim Dekhar, le "tireur de Libé" dépeint comme un "guérillero maladroit" enfermé dans sa "doctrine de résistance".

En 2013, il s'était rendu, armé d'un fusil à pompe, à BFMTV, devant la Société Générale à La Défense et à Libération où il avait grièvement blessé un assistant photographe.

Après une semaine de procès devant les assises d'Évry, l'avocat général Jean-Christophe Crocq a requis la même peine qu'en première instance tout en manifestant son "désaccord" avec le verdict prononcé fin 2017.

En première instance, M. Dekhar avait été reconnu coupable de tentatives d'assassinat seulement sur Philippe Antoine, un journaliste de BFMTV, et César Sébastien, l'assistant photographe blessé à Libération. Cette fois, l'avocat général a réclamé une condamnation plus large, estimant que l'accusé avait également tenté de tuer un vigile de BFMTV et deux employées de la Société Générale.

Pendant cinq jours de traque en novembre 2013, Adbelhakim Dekhar avait semé l'angoisse dans Paris et ses alentours, avant d'être retrouvé dans une voiture, entouré de médicaments qu'il venait d'ingurgiter.

L'avocat général a dénoncé "un guérillero maladroit". À BFM, Abdelhakim Dekhar n'arrive pas à tirer ; à la Société Générale, il vise mal les employées et ses tirs finissent dans la façade, a-t-il estimé.

"Je n'ai jamais voulu tuer ou heurter qui que ce soit", avait déjà assuré, en s'excusant, Abdelhakim Dekhar à son deuxième procès. À Libération, il avait atteint César Sébastien dans le dos avec des munitions pour sanglier, selon l'expertise balistique.

Comme en première instance, l'accusé a parlé d'un "suicide scénarisé": il était bouleversé par la séparation d'avec ses enfants et espérait se faire tuer par la police.

Cette thèse est "fabriquée pour apitoyer la société", a rétorqué l'avocat général. Il a rappelé le "menteur pathologique" décrit par experts et proches, et dénoncé sa "doctrine de résistance" anti-système. "La deuxième arme du crime", qui le pousse à choisir "des cibles symboliques: la presse, la finance".

Abdelhakim Dekhar a déjà été condamné dans un dossier criminel pour "association de malfaiteurs". Il est soupçonné d'être le troisième homme qui aurait acheté un fusil pour Florence Rey et Audry Maupin, deux amoureux d'ultra-gauche auteurs d'une équipée meurtrière dans Paris en 1994.

"Pour que l'idéologie puisse être cette seconde arme, comme le dit l'accusation, il faut démontrer qu'elle puisse tuer", a répondu l'un de ses avocats, Abraham Johnson, en rappelant que l'accusé a passé sa vie à "se donner une image qu'il n'a pas".

À l'audience, Abdelhakim Dekhar a récusé le "combat politique" invoqué pendant l'instruction et s'est décrit comme "un looser".

Cette affaire est vue à travers "une loupe grossissante que M. Dekhar a permis en adoptant une posture démente", a plaidé un autre avocat de la défense, Philippe Ruimy. "Il avait l'intention de faire un mauvais coup", mais selon lui, "à moins d'avoir une boule de cristal, personne ne peut affirmer" qu'il voulait tuer.

Le troisième avocat de la défense, Hugo Lévy, a lui imploré la cour d'alléger la peine prononcée en première instance. En prison à Fleury-Mérogis (Essonne), Abdelhakim Dekhar a commencé un suivi psychologique. S'il écope à nouveau de 25 ans, "je sais qu'il va se prostrer. Il le prendra comme une peine d'élimination".

Le verdict est attendu jeudi.

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