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A Saint-Martin, le tourisme peine à repartir

A Saint-Martin, le tourisme peine à repartir
Une photo prise le 28 février 2018 sur l'île de Saint-Martin montre des magasins reconstruits six mois après le passage des ouragans Irma et Maria Lionel CHAMOISEAU

Le tourisme, principale activité économique de Saint-Martin, peine à redémarrer, six mois après l'ouragan Irma qui a dévasté la quasi-totalité des hôtels et restaurants de l'île mais les professionnels misent déjà sur la saison 2018-2019.

Sur le marché de Marigot, trois cars viennent d'arriver: l'effervescence s'empare des commerçants pour attirer les dizaines de touristes, souvent nord-américains, qui en descendent, venus des quelques bateaux de croisière amarrés du côté hollandais de l'île.

"Il n'y a plus que des touristes +à la journée+. Et, au maximum, trois bateaux par jour", se désole Mouche Bouvrais, qui tient un stand d'aquarelles. "On est à 10% de ce que ça devrait être", ajoute Nathalie Cotterelle, vendeuse d'artisanat local.

Les deux amies font partie d'un collectif qui a lancé une page Facebook pour faire revenir les touristes sur le marché. "Du côté hollandais, on leur disait +n'y allez pas, tout est détruit+, on a voulu rétablir la vérité", explique Mouche.

Comme elles, Carlo Costa, propriétaire du Yacht Club sur le front de mer à Marigot, estime que "tant que les hôtels n'ont pas rouvert, il n'y aura quasiment pas de touristes".

Il fait partie des quelques restaurateurs à avoir relancé leur activité. "J'ai pas attendu les assureurs, j'ai réinvesti beaucoup", explique-t-il. Si l'ouragan n'a pas trop détruit son restaurant, les pilleurs ont eux tout emporté, "frigos, bouteilles, tables, chaises".

Aujourd'hui, il s'en sort grâce à "la faible concurrence", à une clientèle locale mais aussi aux gendarmes venus en renfort après Irma et aux assureurs et experts.

Haut-lieu du tourisme, le quartier de Baie-Orientale (est), avec ses grandes plages aux eaux turquoises, fait toujours figure de paysage apocalyptique. La quasi-totalité des restaurants et hôtels dévastés n'ont pas rouvert, mais des travaux ont commencé.

"On n'a pas tiré un trait sur la saison, on a voulu être responsable", justifie le président de la collectivité Daniel Gibbs. Dans un territoire qui vit à 95% du tourisme, il fallait "dire le langage de la vérité": "nous avons été touchés, nous avons été blessés, nous nous relevons de nos cendres mais pour autant, cette reconstruction va prendre un an".

Mais "des restaurants, des magasins ont rouvert" ainsi que "certains hôtels", en partie ou complètement, ajoute-t-il, faisant "le pari qu'on aura 70% de notre offre hôtelière remise à niveau pour la haute saison 2018-2019".

-"Reconstruction hors norme"-

Selon Patrick Séguin, de l'association des hôteliers de Saint-Martin et propriétaire du Beach hôtel, détruit par Irma, 3 à 400 chambres d'hôtels sont actuellement disponibles sur l'île (sur 1.300 initialement). Mais peu pour les touristes.

"Moi, j'ai 80 chambres disponibles, mais je n'ai pas de réception, pas de service hôtelier, donc cela peut aller seulement pour une clientèle professionnelle". Selon lui, seul l'hôtel Mercure, à Baie Nettlé, accueille des touristes car "il a rouvert son restaurant et a remis sa piscine en marche".

Si la saison 2018-2019 reste "l'objectif", il n'est pas sûr de l'atteindre. Outre les délais liés aux assurances, "c'est une reconstruction hors norme par rapport à la capacité de l'île", dit-il, citant le volume de travaux à réaliser, les professionnels débordés, les matériaux à acheminer. "Au mieux, je pourrais commencer ma rénovation en octobre".

Les guest houses et autres Airbnb ont eux "déjà redémarré", car "plus faciles à restaurer", souligne le délégué interministériel à la reconstruction Philippe Gustin.

"Une grande partie de notre clientèle est fidélisée et souhaite revenir", assure Aïda Weinum, responsable du marché américain (65 à 75% de la clientèle) à l'office du tourisme, assurant que les pillages n'ont pas terni l'image de l'île.

"C'est très triste de voir tout ce qui a été dévasté", reconnait Sue, une touriste britannique, "mais on voit qu'ils font de leur mieux".

A l'inverse, Olivier et Brigitte, touristes parisiens qui avaient réservé leur séjour en mai dans un hôtel aujourd'hui détruit, sont "stupéfaits de voir les toitures non réparées, l'absence de déblaiement au bord des routes". Le couple a finalement passé ses vacances à Saint-Barth, moins dévastée.

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