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Acier: l'UE craint que son offre commerciale soit "insuffisante" pour Trump

Acier: l'UE craint que son offre commerciale soit
Donald Trump, à Washington DC, le 21 mai 2018SAUL LOEB
Chine

Les ministres du Commerce européens redoutent que la proposition commerciale de l'UE pour dissuader Donald Trump d'appliquer des droits de douane punitifs sur son acier et son aluminium reste "insuffisante", laissant apparaître des premières fissures entre eux.

"Est-ce que (l'offre de l'UE) sera suffisante ? Franchement, je ne suis pas sûre", a prévenu la commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström mardi à l'issue de la réunion ministérielle à Bruxelles.

Les 28 chefs d'Etat et de gouvernement européens se sont mis d'accord la semaine passée lors d'un sommet à Sofia sur ce qu'ils sont prêts à mettre sur la table pour échapper aux taxes douanières de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium, annoncées en mars par Donald Trump et dont l'UE n'est provisoirement exemptée que jusqu'au 1er juin.

Eux qui excluaient de négocier "avec un pistolet sur la tempe" se disent désormais prêts à discuter, en cas d'exemption définitive, d'un accord commercial "restreint" avec les Etats-Unis et à ouvrir leur marché au gaz naturel américain.

- Contre-mesures -

Cette proposition, élaborée après des semaines d'échanges entre Mme Malmström et son homologue américain Wilbur Ross, vise à mettre fin au risque croissant de guerre commerciale avec les Etats-Unis, d'autant plus grand que la Chine vient de son côté de s'entendre avec Washington pour suspendre l'augmentation de leurs droits de douane respectifs.

"Nos arguments pour la négociation, c'est de donner aux Etats-Unis des incitations pour nous exempter" mais "on n'a pas de raison d'être optimistes", a résumé une source diplomatique.

Aucun ministre ne s'est risqué mercredi à anticiper la réaction de Donald Trump, à qui reviendra la décision finale sur une éventuelle exemption de l'UE, qui a déjà bénéficié de deux sursis temporaires.

"Nous devons nous préparer à différents scénarios", en particulier celui où les taxes américaines seraient définitivement appliquées à l'UE, a affirmé Mme Malmström.

Dans ce cas, Bruxelles a préparé des contre-mesures sur une liste de produits américains emblématiques, comme le beurre de cacahuète, les jeans ou le bourbon, qui pourraient être mises en place en toute légalité à compter du 20 juin.

"Nous sommes des alliés mais nous ne sommes pas des vassaux. Il y a aujourd'hui un moment de vérité pour l'UE", a insisté le secrétaire d'Etat français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne.

"Nous pouvons, nous devons commercer où nous voulons, quand nous voulons, avec qui nous voulons", a-t-il plaidé.

- Impopulaire TTIP -

L'accord commercial "restreint" imaginé par l'UE avec les Etats-Unis se concentrerait sur l'abaissement des droits de douane sur certains produits industriels - mais pas agricoles - ainsi que sur l'ouverture des marchés publics.

Les discussions porteraient en particulier sur les véhicules, un secteur stratégique à la fois pour Berlin et Washington.

L'Allemagne y est très favorable, contrairement à la France, qui craint de voir ressurgir le spectre du très impopulaire TTIP (ou Tafta), le grand accord commercial au point mort depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

"En cas d'escalade non seulement sur l'acier, mais aussi sur d'autres produits, et au regard des problèmes avec l'Iran ou la Russie, nous risquons beaucoup plus que de simples répercussions économiques", a expliqué le ministre allemand de l'Economie Peter Altmaier, dont le pays a le plus à perdre d'une guerre commerciale avec les Etats-Unis.

Ces premiers signes de divergences entre Européens "menacent surtout d'éclater au grand jour une fois que Donald Trump aura pris sa décision", a souligné une source européenne mardi.

A la demande des Etats-Unis, l'UE est également d'accord pour ouvrir des discussions afin d'"approfondir les relations en matière énergétique, notamment dans le champ du gaz naturel liquéfié".

Sous l'effet du boom du gaz de schiste, le secteur est devenu stratégique pour les Etats-Unis, qui cherche à concurrencer la Russie, principale fournisseur de l'UE, sur le marché européen.

Les Européens proposent par ailleurs d'initier un dialogue avec les Etats-Unis en matière de coopération réglementaire, aux contours encore un peu flous, et sur une réforme de l'OMC.

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