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Affaire Ghosn: la libération du PDG de Renault ne semble pas pour bientôt

Affaire Ghosn: la libération du PDG de Renault ne semble pas pour bientôt
La télévision japonaise diffuse des informations sur Carlos Ghosn sur un écran public à Tokyo, le 8 janvier 2019Behrouz MEHRI

Carlos Ghosn a fermement plaidé mardi son innocence au cours d'une audience exceptionnelle au tribunal, mais la procédure est restée sans effet sur sa détention qui risque de se prolonger bien au-delà de la fin de sa garde à vue fixée vendredi.

Sans surprise, le tribunal de Tokyo a rejeté mercredi une demande de fin de détention du PDG de Renault en invoquant le risque de fuite et d'altération des preuves.

En obligeant le tribunal à laisser parler M. Ghosn, "l'avocat a peut-être réussi à faire monter les critiques étrangères du système japonais avec un petit espoir que cela influence les décisions futures, mais c'est tout", analyse Yasuyuki Takai, ex-inspecteur de l'unité spéciale chargée de l'enquête, aujourd'hui avocat.

"Les personnes chargées de l'investigation ne se laisseront pas influencer, c'est certain", prévient-il.

Le PDG de Renault, qui a déjà passé plus de 50 jours en prison à Tokyo, ne sera en tout cas pas libéré automatiquement à l'issue de sa garde à vue.

En effet, il est aussi parallèlement sous le coup d'une détention provisoire qui a débuté le 10 décembre pour deux mois et peut être renouvelée par période d'un mois. Cette incarcération est consécutive à une mise en examen concernant la minoration de ses revenus dans des rapports boursiers de Nissan sur la période 2010-2015.

- Libération sous caution ? -

Vendredi, le bureau des procureurs de Tokyo peut décider de l'inculper une deuxième fois, pour les faits d'abus de confiance dont il est soupçonné (motif de sa garde à vue actuelle), auquel cas s'enclenchera une autre période parallèle de détention provisoire.

"Le risque est très important qu'il soit effectivement mis en examen, car il est exceptionnel que les enquêteurs de cette unité d'élite procèdent à une arrestation sur un fait de ce type sans avoir accumulé des preuves matérielles solides", insiste M. Takai.

Le principal défenseur de M. Ghosn, Motonari Otsuru, ne disait pas autre chose mardi lors d'une conférence de presse, et il affiche même un certain pessimisme sur le proche avenir de son client.

"De manière générale, dans les cas de déni total des accusations d'abus de confiance, la libération sous caution n'est le plus souvent pas approuvée jusqu'à l'ouverture du procès", a déclaré mardi M. Otsuru, précisant "avoir fait part de ses inquiétudes sur ce point à M. Ghosn qui s'est dit très ennuyé".

"Les enquêteurs connaissent le tempérament de M. Ghosn et ils n'en espèrent sans doute pas d'aveux: la façon dont ils procèdent jusqu'à présent laisse plutôt supposer qu'ils essaient de lui faire exprimer les moyens dont il entend se défendre, pour mieux anticiper", souligne M. Takai, rompu aux techniques de cette unité.

En ce sens, l'audience de mardi leur a peut-être été utile.

Un délai de six mois au moins pourrait être nécessaire avant d'en arriver au procès, juge M. Otsuru. "Cela me semble même court", indique pour sa part M. Takai, disant s'appuyer sur de précédents cas voisins.

- Un délit, une garde à vue -

Le procureur peut aussi mettre en examen le patron déchu sur les minorations de revenus dont il est soupçonné sur une autre période (2015-2018).

Le parquet peut aussi décider de lui infliger un quatrième motif d'arrestation et donc le replacer en garde à vue pour 48 heures, extensible deux fois dix jours à condition que le tribunal donne son approbation.

"Le principe au Japon, c'est un délit une arrestation. Les enquêteurs ont travaillé des mois sur le dossier et s'ils estiment avoir accumulé des preuves sur d'autres faits, ils ont la possibilité de le maintenir en garde à vue sur d'autres charges", précise M. Takai.

En revanche, si aucune nouvelle inculpation ni nouvelle interpellation ne lui est signifiée, M. Ghosn voit ses chances de libération sous peu augmenter, puisque son ex-bras droit, Greg Kelly, inculpé comme lui le 10 décembre, a été relâché sous caution le 25.

M. Ghosn pourrait en théorie sortir le 11, mais compte tenu de délais administratifs incompressibles (dépôt d'une requête par la défense, approbation, opposition du procureur, confirmation par le tribunal, apport de la caution, etc.), en pratique cela semble difficile.

La date possible suivante est le 15 janvier, puisque les libérations sous caution n'ont pas lieu les samedi, dimanche et jours fériés (le lundi 14 l'est).

M. Otsuru a en tout cas insisté mardi sur le fait qu'il déposerait de façon répétée des demandes de libération sous caution.

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