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Après 10 ans aux commandes, Pepy toujours utile pour réformer la SNCF

Après avoir survécu à des accidents, des pannes et des conflits sociaux pendant son long règne à la tête de la SNCF, Guillaume Pepy va encore devoir faire preuve de sa légendaire diplomatie face aux syndicats opposés aux projets de réforme.

Le président du directoire du groupe SNCF et PDG de SNCF Mobilités a salué mercredi les projets du gouvernement, présentés lundi par le Premier ministre Edouard Philippe.

"Je pense que cette réforme a trop tardé", a-t-il déclaré sur CNews.

Remettant à plus tard une décision tranchée sur les "petites lignes" et la question des retraites des cheminots, M. Philippe entend notamment mettre fin à leur statut à l'embauche, transformer la SNCF en société nationale à capitaux publics et organiser l'arrivée de la concurrence.

S'il se montre intransigeant sur ses objectifs, le gouvernement a laissé un peu de place à la concertation. En particulier sur la date de l'arrivée de la concurrence, sur le contenu du "sac-à-dos social", soit les conditions de transfert des cheminots chez un concurrent, au cas où la SNCF perdrait un contrat. Parmi les autres sujets: l'organisation de la SNCF et le calendrier de l'arrêt du recrutement au statut de cheminot.

Les discussions doivent commencer dès jeudi avec la ministre des Transports Elisabeth Borne. M. Philippe ayant déjà prévenu que "le gouvernement prendra ses responsabilités" en cas de blocage des discussions. Sous-entendu: qu'il tranchera.

Alors que les syndicats se sont élevés contre l'utilisation d'ordonnances pour aller plus vite, Guillaume Pepy botte en touche: "Moi, les ordonnances, c'est une décision de procédure. (...) La politique, c'est pas mon truc, mais il y a une grande urgence."

"Pour une fois, on a un tandem qui a fait le choix d'être clair dans qui fait quoi", constate l'expert en stratégie d'entreprise François Enius: "Un homme s'occupe de la stratégie qui est le Premier ministre, et un homme est chargé de la mise en application, Guillaume Pepy."

"Les choix du gouvernement sont totalement assumés. Et Guillaume Pepy n'a pas à assumer la décision du changement de statut des cheminots", estime-t-il. Mais c'est lui qui sera un interlocuteur privilégié des syndicats au cas où un conflit social se concrétiserait.

- 30% plus cher -

M. Pepy, qui souhaitait en 2016 économiser des dizaines de millions d'euros par an en révisant l'organisation du travail à la SNCF, avait été lâché par le gouvernement précédent.

Non que le patron de la SNCF ne se retrouve pas sous pression deux ans plus tard, puisque Edouard Philippe a aussi demandé à la SNCF d'être beaucoup plus efficace.

Il doit donc présenter un nouveau "projet stratégique" pour son groupe avant l'été. Dans l'immédiat, il dispose de 15 jours pour présenter sa feuille de route, car ledit projet ne doit être conçu qu'après une large concertation parmi les cheminots.

"Il est extrêmement combatif", dit-on dans l'entreprise. "Et depuis le temps qu'il attend ça, il doit avoir une idée de ce qu'il veut faire".

Il lui faudra en particulier "aligner ses coûts sur les standards européens", quand "faire rouler un train en France coûte 30% plus cher qu'ailleurs", selon les mots d'Edouard Philippe lundi.

Le fameux statut des cheminots représente grosso modo un tiers de ces 30%, indique-t-on à la SNCF. L'idée est aussi de rendre les employés du groupe plus polyvalents.

Guillaume Pepy est-il le mieux placé pour réformer un groupe qu'il dirige depuis février 2008, et dont il a déjà modifié l'organisation à plusieurs reprises? Oui sans doute, estime-t-on assez généralement dans les milieux des transports. Car il connaît le groupe comme sa poche et ne craint pas l'affrontement, toujours prêt à aller au contact.

"C'est un très bon connaisseur de la SNCF, du fonctionnement de l'entreprise. C'est quelqu'un qui aime profondément cette entreprise et c'est toujours utile d'avoir à la tête d'une entreprise quelqu'un qui aime ses salariés et qui aime son entreprise", a noté mardi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire.

"Ce n'est pas un sujet de personne", a tranché Elisabeth Borne mercredi sur Europe 1. "On avance ensemble pour un nouveau service public ferroviaire."

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