ArcelorMittal et Nippon Steel s'attaquent au marché indien

ArcelorMittal et Nippon Steel s'attaquent au marché indien
Déjà implantée en Inde, pays d'où est originaire son président, ArcelorMittal pourrait avec cette opération considérablement augmenter ses parts de marché dans la régionPHILIPPE HUGUEN

ArcelorMittal s'est associée au japonais Nippon Steel pour tenter de racheter l'indien Essar Steel et accentuer sa présence dans le pays, une opération qui pourrait dépasser les 6 milliards de dollars, selon l'agence de notation financière Fitch.

Déjà implantée en Inde, pays d'où est originaire son président, ArcelorMittal pourrait avec cette opération considérablement augmenter ses parts de marché dans la région.

"Cela fait quelques années que le groupe cherche à rentrer sur le marché indien, un des rares marchés où la production et la consommation d'acier vont croître dans les années à venir", a expliqué à l'AFP Ambroise Lecat de Roland Berger, considérant l'opération comme "très positive".

"Essar représente une opportunité extraordinaire pour ArcelorMittal d'entrer sur le marché à forte croissance de l'acier indien", avait déclaré son PDG, Lakshmi Mittal, à la mi-février lors d'une précédente offre d'achat.

Essar Steel, avec une capacité de production de presque 10 millions de tonnes par an, représente environ 9% des capacités actuelles du géant de la sidérurgie.

ArcelorMittal a "depuis des décennies, une logique de parts de marché. Chaque fois qu'il y a un +bid+ (une offre), ils sont là. Surtout pour des actifs en faillite" et donc "pas chers", a commenté pour l'AFP Fabrice Farigoule, analyste chez Alphavalue, jugeant l'annonce "pas étonnante", contrairement au montant de la transaction avancé par Fitch qu'il a jugé "énorme".

- Réduction de sa dette -

Si c'était effectivement le cas, "cela demanderait au moins une explication d'Arcelor", a-t-il ajouté.

Selon l'agence de notation qui évalue régulièrement la dette à long terme du groupe (notée BB+), le montant de l'offre, qui n'a pas été officiellement dévoilé, pourrait osciller entre 6 et 7 milliards de dollars.

Un montant qui paraît d'autant plus important que le groupe ArcelorMittal est engagé dans un plan de réduction de sa dette avec comme objectif de la ramener à 6 milliards de dollars contre 10,1 milliards à fin décembre.

A titre de comparaison, l'année dernière, un consortium mené par ArcelorMittal avait racheté le sidérurgiste italien en difficulté Ilva pour 1,8 milliard d'euros, pour un potentiel de production estimé entre 6 et 9,5 millions de tonnes par an.

La décision de s'associer à Nippon Steel pour mener l'opération, via la formation d'une coentreprise, a néanmoins été jugée raisonnable et logique par les analystes, même si la forme précise que prendra cette association n'est pas encore connue.

"Nous pensons qu'ensemble, nous pouvons contribuer par notre expertise et technologie à soutenir le redressement rapide d'Essar", a expliqué M. Mittal.

Fondée en 1976, Essar Steel India est une filiale du conglomérat Essar Group fondé par les frères milliardaires Ruia.

Malgré un chiffre d'affaires de 219,6 milliards de roupies en 2016 (2,7 milliards d'euros), l'entreprise s'est retrouvée dans l'incapacité de restructurer sa dette et a été mise en vente en juillet 2017 dans le cadre d'une procédure de liquidation.

- Menace sur l'acier -

Numetal, un consortium réunissant la famille Ruia et VTB Bank, deuxième des plus grandes banques de Russie, actuellement sous sanctions américaines, avait aussi fait part de son intérêt.

L'opération de reprise doit encore être officiellement validée par le tribunal.

Cette annonce survient au moment où le président américain Donald Trump a menacé de frapper de fortes taxes les importations d'acier et d'aluminium aux Etats-Unis, à hauteur de 25% et 10% sans préciser les pays concernés, au risque de provoquer une guerre commerciale.

Des taxes qui ne toucheront pas directement Essar Steel puisque sa production sera "en priorité" tournée vers le marché national, a rappelé ArcelorMittal.

Cette menace a néanmoins eu des répercussions sur le secteur de l'acier. A la cloture de la Bourse de Paris, le titre d'ArcelorMittal baissait de 5,88% à 26,59 euros dans un marché en recul de 2,56%.

"Le groupe va étudier les conséquences éventuelles sur ses opérations et plus largement sur le marché mondial de l'acier", a commenté ArcelorMittal.

Le groupe a connu en 2017 un bénéfice net de 4,6 milliards de dollars, son meilleur résultat net depuis 2008, année du début de la crise financière mondiale qui a durement éprouvé son secteur les années suivantes.

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