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Armes chimiques : l'OIAC pourra désigner les auteurs des attaques en Syrie

Syrie

Les États-membres ont décidé mercredi de renforcer l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) en l'habilitant à désigner les utilisateurs de ces armes en Syrie, au grand dam de la Russie qui n'a pas exclu de se retirer de ce "Titanic".

Lors d'un vote à huis clos à La Haye où siège l'OIAC, 82 pays ont voté en faveur d'une résolution avancée par le Royaume-Uni avec le soutien de la France et des États-Unis notamment, et 24 s'y sont opposés.

Toutes deux suspectées d'avoir récemment employé des substances toxiques - ce qu'elles démentent -, la Russie et la Syrie y étaient hostiles.

"L'OIAC dispose désormais d'un pouvoir supplémentaire crucial, non seulement pour déceler l'utilisation d'armes chimiques mais aussi pour pointer du doigt l'organisation ou l'État" suspecté d'être derrière les attaques, s'est félicité le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson.

"C'est crucial si nous voulons décourager l'emploi de ces armes infâmes", a-t-il dit dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux.

Le texte prévoit que le secrétariat de l'OIAC, prix Nobel de la paix en 2013, "mettra en place les dispositions pour identifier les auteurs (d'attaques) aux armes chimiques dans la République arabe syrienne".

Après le vote, la Russie a comparé l'OIAC au Titanic "en train de couler".

"Toutes les options sont sur la table", a déclaré son ambassadeur à La Haye, Alexandre Choulguine, interrogé lors d'une conférence de presse sur la possibilité que son pays se retire de l'organisation.

- Bras de fer -

La résolution a été adoptée au terme d'un bras de fer diplomatique alors que les inspecteurs de l'OIAC doivent très prochainement dévoiler un rapport sur l'attaque présumée au sarin et au chlore du 7 avril à Douma, près de Damas.

Selon l'ambassadeur britannique à La Haye, Peter Wilson, l'organisation a dorénavant les mains libres pour dire qui était derrière cette attaque, qui aurait fait 40 morts.

Le Royaume-Uni avait demandé la session extraordinaire de l'OIAC quelques semaines après l'empoisonnement par un agent innervant de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille à Salisbury (sud-ouest de l'Angleterre), une attaque chimique - la première depuis des décennies en Europe - que Londres a attribuée à la Russie.

Jusqu'au bout, la délégation russe a tenté de noyer les débats dans des questions de procédure, avec le soutien des Syriens et Iraniens.

Pour Moscou, l'OIAC est une organisation "purement technique" qui ne peut se substituer au Conseil de sécurité de l'ONU.

"Il n'y a aucune ambiguïté sur la position russe : nous condamnons l'utilisation d'armes chimiques. (...) Nous sommes très favorables à ce que les auteurs soient trouvés et poursuivis", a affirmé M. Choulguine mardi soir.

"Mais la bonne question est de savoir où et qui devrait s'occuper des attributions (des attaques). Dans notre esprit, il n'y a pas d'autre organisme international (légitime à le faire) que le Conseil de sécurité de l'ONU", a-t-il ajouté.

- D'autres théâtres? -

Fin 2017, les Russes avaient exercé leur droit de veto à l'ONU pour mettre fin au mandat de la mission d'enquête commune ONU-OIAC, le Joint Investigative Mechanism (JIM), visant à identifier les responsables des attaques en Syrie.

Moscou a aussi affirmé que l'attaque de Douma avait été mise en scène par les sauveteurs volontaires syriens, connus sous le nom de Casques blancs.

La possibilité d'identifier les coupables pourrait ultérieurement être étendue à d'autres théâtres que la Syrie, a précisé M. Wilson à des journalistes.

Le directeur général de l'OIAC, Ahmet Uzumcu, et son successeur, qui prendra ses fonctions en juillet, ont été mandatés pour soumettre des propositions visant à donner le pouvoir d'identifier les responsables dans d'autres pays, pour peu que leurs gouvernements en fassent la demande, a expliqué l'ambassadeur.

Avant sa dissolution en décembre, le JIM avait déterminé que le régime syrien avait utilisé du chlore ou du gaz sarin au moins quatre fois contre sa propre population, et que le groupe État islamique avait utilisé du gaz moutarde en 2015.

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