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Assurance chômage: réforme au printemps, les cadres dans le viseur

Assurance chômage: réforme au printemps, les cadres dans le viseur
Édouard Philippe et Muriel Pénaicaud lors de la conférence de presse le mardi 26 février à l'hôtel Matignon à ParisChristophe ARCHAMBAULT

Le gouvernement présentera la réforme de l'assurance chômage "au printemps" et a d'ores et déjà prévenu qu'il envisageait de revoir l'indemnisation pour les "salaires élevés", tout en maintenant la piste du bonus-malus pour les entreprises qui abusent des contrats courts.

Après l'échec des négociations entre partenaires sociaux la semaine dernière, l'État, pour la première fois depuis 1982, reprend la main et va édicter seul les règles d'assurance chômage.

Un décret sera publié "pendant l'été", après des décisions "au printemps", a annoncé mardi le Premier ministre, sans préciser si l'annonce interviendrait avant ou - c'est plus probable - après les élections européennes du 26 mai.

En septembre, c'est lui qui avait signé une lettre de cadrage, feuille de route jugée in fine trop contraignante par les partenaires sociaux.

"Nous avons laissé toutes les chances à la négociation", a assuré Édouard Philippe lors d'une conférence de presse à Matignon, aux côtés de la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Les économies à hauteur de 3,9 milliards d'euros sur trois ans, qui hérissaient les syndicats, sont toujours au menu.

S'agissant des contrats courts qui explosent en France - les "CDD de moins d'un mois ont été multipliés par trois" -, le Premier ministre a dit que les entreprises devaient "être beaucoup plus responsabilisées".

Questionné sur le bonus-malus, promesse de campagne d'Emmanuel Macron rappelée lors du grand débat, M. Philippe a parlé d'"une solution" qui est "sur la table".

"Personne ne nous a proposé à ce stade une meilleure solution", a-t-il déclaré en évoquant cette mesure de modulation des cotisations chômage des entreprises en fonction de leur recours aux CDD.

Demandée par les syndicats, au premier rang desquels Force ouvrière, elle est vivement contestée par le patronat.

FO a d'ailleurs immédiatement réagi, en jugeant le gouvernement plutôt "allant" sur la révision à la baisse des règles d'indemnisation", mais "moins assuré quant à la mise en œuvre d'un bonus-malus".

Dans un communiqué, la CPME (petites et moyennes entreprises) a annoncé qu'elle proposera "une alternative" au bonus-malus.

Parmi les pistes concernant l'indemnisation, le Premier ministre a évoqué une possible révision des règles pour "les salaires élevés", c'est-à-dire les cadres.

Il a critiqué un système français qui permet d'avoir des niveaux d'indemnisation "trois fois supérieurs à ce qui se passe chez nos voisins" dans un marché du travail des cadres "au plein emploi".

Mme Pénicaud a surtout évoqué la question du plafond de l'indemnisation: il est de 2.700 euros par mois au Danemark, contre 7.700 euros brut en France, a-t-elle dit.

- Concertation "intense" -

Le Premier ministre a aussi évoqué "les cas où le montant de l'allocation chômage mensuelle est plus élevé que le salaire mensuel moyen perçu antérieurement".

"Cela concerne un demandeur d'emploi sur cinq", a affirmé Mme Pénicaud. Il s'agit des conséquences du mode de calcul de l'allocation, qui se fait par rapport au "nombre de jours travaillés".

Il s'agit aussi d'une question "d'équité", a-t-on précisé dans son entourage. Une personne qui travaille 15 jours par mois est plus indemnisée qu'une personne qui a travaillé à mi-temps en continu sur six mois, a affirmé la même source.

Avant les arbitrages, la concertation sera "intense" et "approfondie", a assuré Mme Pénicaud qui va rencontrer tous les leaders des organisations syndicales et patronales. Laurent Berger (CFDT) sera le premier reçu mercredi après-midi, Philippe Martinez (CGT) fermera le ban lundi prochain.

La ministre anticipe la tenue d'"une cinquantaine de réunions", au-delà même des partenaires sociaux habituels. "C'est l'esprit +grand débat+ qui continue", a-t-elle commenté sur BFMTV.

Interrogé sur la gestion de l'assurance chômage alors que certains estiment que l'échec de la négociation signe la fin du paritarisme, Édouard Philippe a affirmé: "Nous ne nous posons pas la question de la gouvernance de l'Unédic".

Par ailleurs, alors qu'une négociation tripartite est en cours entre l'État, l'Unédic et les partenaires sociaux sur Pôle emploi, Mme Pénicaud a exprimé sa volonté de "revoir en profondeur l'offre de services" de Pôle emploi.

Au quatrième trimestre 2018, environ 5,6 millions de personnes étaient inscrites à Pôle emploi et tenues de rechercher un travail, selon l'opérateur public.

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