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Au Cambodge, les rêves effondrés des forçats des chantiers

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Sam Sok a laissé son enfant à la campagne et est partie à Sihanoukville il y a deux semaines pour travailler sur un de ces chantiers de construction qui poussent comme des champignons dans ce port du sud du Cambodge, grâce aux investisseurs chinois.

Elle fait partie des quelque 200.000 Cambodgiens (sur 16 millions) qui travaillent dans le secteur de la construction dans ce pays d'Asie du Sud-Est.

Sam Sok habite sur son chantier, dans un bâtiment en cours de construction, comme les ouvriers qui se sont retrouvés pris au piège ce week-end d'un immeuble qui s'est effondré sur eux dans leur sommeil à Sihanoukville. Bilan: 28 morts et 26 blessés.

Parmi eux, un proche de Sam Sok, qui reste porté disparu depuis l'accident.

"On fait ce métier pour l'argent... mais maintenant on a peur de connaître le même sort", confie la jeune mère de 32 ans.

Sam Sok passe ses journées à installer des planches de bois et des structures métalliques, pour un peu plus de cinq euros par jour.

Sur les 16 millions d'habitants que compte le Cambodge, plus de 4 sont considérés comme vivant au niveau du seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Et se faire engager sur les chantiers de construction est le meilleur moyen de gagner de l'argent pour la population rurale, qui afflue en masse dans les villes où ils acceptent de vivre sur place, dans des conditions difficiles, afin de mettre un peu plus d'argent de côté.

- "Un casque, pas de masque" -

Le phénomène est particulièrement important à Sihanoukville, tiré par l'afflux de capitaux chinois.

En effet, les Chinois, très présents dans l'économie cambodgienne, sont en train de transformer cette ville côtière en nouveau Macao. Plus de 50 casinos détenus par des Chinois y ont déjà ouvert sur le bord de mer et des dizaines d'hôtels sont en cours de construction.

Sur ces chantiers, les conditions de sécurité sont particulièrement mauvaises, témoignent les travailleurs interrogés par l'AFP.

"Je n'ai qu'un casque, pas de masque" contre les émanations des produits chimiques manipulés, témoigne Khmao, un ouvrier de 36 ans qui vit et travaille sur un chantier tout proche de celui qui s'est effondré, également détenu par un propriétaire chinois.

Kong Athit, secrétaire général de la Confédération cambodgienne du travail, alerte depuis longtemps sur les manquements aux règles de sécurité sur les chantiers du pays, où l'appât du gain conduit les promoteurs à forcer les cadences et à réduire certaines procédures à leur strict minimum.

"Il est de la responsabilité des propriétaires et du gouvernement de procéder à des vérifications sérieuses avant d'autoriser tout lancement de construction", insiste-t-il.

Dans le drame de ce week-end, sept personnes - dont cinq Chinois - ont été mises en examen, et la piste de la négligence est privilégiée.

Ros Sitha, un des deux ouvriers miraculeusement extraits lundi des décombres, deux jours après l'accident, a décidé de retourner vivre dans sa campagne natale.

"Je ne serai plus jamais ouvrier en bâtiment", dit-il, après avoir reçu plus de 26.000 euros de compensation de la part du Premier ministre Hun Sen, adepte de la distribution d'enveloppes de cash pour soigner son image de protecteur du pays.

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