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Au Liban, les travailleurs immigrés frappés de plein fouet par la crise du dollar

Marie travaille au Liban depuis trois ans pour aider financièrement sa famille en Ethiopie, mais ces derniers mois la jeune femme ne peut plus envoyer de dollars chez elle en raison d'une grave crise de liquidités que connaît son pays d'accueil.

Dans la banlieue animée de Dora, au nord de Beyrouth, l'Ethiopienne de 18 ans se promène avec des amies en ce dimanche ensoleillé, toutes apprêtées pour leur seul jour de repos hebdomadaire.

"Avant, je touchais 400 dollars par mois et les envoyais en Ethiopie. Aujourd'hui j'encaisse mon salaire en livres libanaises", déplore timidement la jeune femme dans un arabe chantant.

Concrètement, elle a perdu un tiers de son salaire, dans un pays où le billet vert est utilisé au quotidien au même titre que la monnaie nationale.

Elle est payée selon le taux de change officiel, toujours fixé à 1.500 livres/dollar. Or dans les bureaux de change, la livre a dégringolé, frôlant les 2.500 livres pour un dollar.

Une fois payés le loyer et la nourriture, Marie dit qu'il ne lui reste plus rien à envoyer en Ethiopie.

La jeune femme s'empresse de dédouaner "Monsieur" ou "Madame", c'est-à-dire ses employeurs, estimant que le problème vient de l'"Etat".

Autour d'elle, des dizaines d'étrangers, originaires d'Éthiopie, des Philippines ou du Sri Lanka, profitent de leur jour de repos.

Certains discutent sur le trottoir ou font la queue devant les centres d'appels pour contacter la famille au pays, dans le joyeux brouhaha de la musique s'échappant des restaurants, où on sert des plats africains ou asiatiques.

- Rentrer en Inde -

Quelque 250.000 travailleurs immigrés travaillent au Liban selon un système de parrainage appelé "kafala" qui d'après des ONG les expose aux abus et les prive de certains droits.

La plupart sont payés entre 150 et 400 dollars par mois.

Avec la crise économique et les restrictions draconiennes adoptées ces derniers mois dans les banques sur les retraits en dollars, les Libanais ne peuvent plus retirer que quelques centaines de dollars par mois.

Pour obtenir des billets verts, il faut aller dans les bureaux de change, ce qui est synonyme de pertes financières.

Par conséquent, les employeurs ont souvent imposé à leurs employés de maison une rémunération en livres libanaises.

Marie ne sait pas ce que l'avenir lui réserve.

"Si la situation ne s'améliore pas, que vais-je faire? Mes frères sont à l'école, c'est moi qui aidait la famille mais aujourd'hui je ne peux plus", déplore-t-elle.

La crise économique, qui secoue le pays depuis plusieurs mois, s'est aggravée avec le déclenchement en octobre d'un mouvement de contestation inédit, les manifestants dénonçant une classe politique accusée de corruption et d'incompétence.

Amandeep Sing, un Indien de 23 ans, travaille depuis quatre ans dans une pépinière au nord de Beyrouth.

Il a vu son salaire chuter de 500 à l'équivalent de 360 dollars: son employeur a décidé de lui verser la moitié de sa rémunération en livres, l'encourageant à patienter dans l'espoir d'une amélioration de la situation.

"Je vais attendre et voir ce qu'il en sera", se résout M. Sing. Mais "s'il n'y a plus de dollars au Liban, je n'aurai plus rien à faire ici. Je rentrerai en Inde".

- "Notre vie est dure" -

L'ambassade des Philippines à Beyrouth a lancé le 5 décembre une campagne de rapatriement massif, proposant un billet d'avion gratuit à ses ressortissants souhaitant rentrer.

En une journée, plus d'un millier d'entre eux, notamment des femmes et leurs enfants, avaient afflué vers l'ambassade pour en bénéficier.

Jasmine Bighoun pâtit elle aussi de la crise. Cette femme de ménage bangladaise de 32 ans ne transfère plus que 150 dollars à sa famille, contre 300 dollars auparavant.

"Il n'y a plus de dollars et tous les prix ont augmenté (...) notre vie est dure", confie-t-elle.

"Ma +madame+ me dit +je n'ai pas de dollars, où je peux en trouver pour t'en donner?", déplore-t-elle. Si la crise persiste, elle n'exclut pas de rentrer avec son mari.

D'autres ont déjà opté pour le retour. C'est le cas de Nav, une femme de ménage de 18 ans payée à l'heure, qui retournera en Ethiopie.

"On me paie en livres (...) en me disant qu'il n'y a plus de dollars dans les banques". "Qu'est-ce que je peux faire ici? Je veux partir".

 

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