Au Mexique, des camions blindés pour lutter contre les attaques sur l'autoroute

Des voitures arrivent à vive allure, ralentissent à hauteur d'un semi-remorque, l'obligent à s'immobiliser. Des hommes armés de AK-47 descendent en trombe des véhicules, menacent le chauffeur, repartent avec son camion. Cette scène tout droit sortie d'un film hollywoodien se produit chaque jour sur les autoroutes du Mexique.

Et les dangers croissants auxquels s'exposent les chauffeurs routiers a fait naître une nouvelle activité, aujourd'hui en plein essor : le blindage des semi-remorques.

Jorge Coronel, patron d'une entreprise spécialisée dans le transport de marchandises de valeur, cherche une solution pour contrer ces vols qui ont plus que doublé depuis 2015, selon des chiffres officiels -- on en recense une trentaine par jour dans le pays.

Sa société organise le transport de produits électroniques, d'appareils ménagers, de produits pharmaceutiques et de vêtements de luxe. Or de nombreuses compagnies d'assurances opérant au Mexique ne protègent plus ces marchandises si elles ne sont pas transportées par des véhicules capables de résister aux tirs de fusils d'assaut.

"C'est un créneau en pleine croissance", explique Jorge Coronel à l'AFP. "C'est cher, très cher. Mais les compagnies d'assurances exigent des équipements blindés pour des envois d'une valeur supérieure à un certain montant".

- Cabines et vitres pare-balles -

Le Mexique est pris dans une spirale infernale de la violence, alimentée par les puissants cartels de la drogue et par d'autres gangs.

Certains groupes criminels se livraient déjà au vol de carburant, en siphonnant les canalisations de la compagnie pétrolière nationale Pemex, ce qui a causé à celle-ci un préjudice de 3 milliards de dollars en 2017.

Désormais, ils s'attaquent aux camions circulant sur les autoroutes du pays. La police mexicaine a reçu 11.425 plaintes pour vol à main armée sur des camions de marchandises en 2017, soit une moyenne de plus de 31 par jour. En 2018, 11.062 plaintes ont été déposées entre janvier à novembre, soit 33 par jour.

Pour lutter contre ce fléau, des entreprises spécialisées blindent les cabines des chauffeurs-routiers et y installent des vitres pare-balles.

Il en coûte environ 550.000 pesos (27.000 dollars) pour équiper ainsi un semi-remorque. Et beaucoup de sociétés de transport n'ont pas le choix : un chargement peut parfois valoir un demi-million de dollars.

L'industrie du transport routier estime qu'elle perd 4,6 milliards de dollars par an (4 milliards d'euros) du fait de ces attaques.

Jorge Coronel a lui-même eu affaire à un tel assaut. En 2017, l'un des camions de son entreprise transportait un chargement de vêtements lorsqu'il a perdu le contact avec le chauffeur près d'Ecatepec, dans une zone dangereuse à proximité de Mexico.

Son équipe a eu recours à la technologie de contrôle à distance pour stopper le semi-remorque. Mais les voleurs menaçaient le chauffeur. Le client n'a alors voulu prendre aucun risque et a demandé à ce qu'on remette "la cargaison pour de ne pas mettre le conducteur en danger", se souvient-il.

Les vols deviennent de plus en plus sophistiqués et violents, selon Daniel Portugal, qui dirige la société de blindage Diamond Glass. Les criminels bloquent sur la route le camion avec plusieurs véhicules puis "vont droit sur le chauffeur".

- "Avoir confiance dans son camion" -

L'industrie du blindage, qui autrefois concernait surtout les voitures de personnalités et les véhicules de transport de fonds, a dû s’adapter à cette nouvelle demande.

Pour Esteban Hernandez, président de l’Association mexicaine de blindage de véhicules, le secteur est engagé dans une course technologique contre les criminels.

"Les camions disposent de dispositifs GPS qui indiquent leur position en cas d'arrêt imprévu, mais les criminels ont leurs propres dispositifs pour bloquer le GPS", explique M. Hernandez à l'AFP.

Ces criminels accèdent à la cabine par les marches métalliques du camion, alors "nous avons mis au point un mécanisme permettant de rétracter les marches" depuis l'intérieur de la cabine quand le chauffeur n'a pas besoin de sortir.

Les sociétés mexicaines de transport consacrent environ 6% de leurs revenus à la sécurité, contre environ 0,5% dans le reste du monde, selon des chiffres du secteur.

Les transporteurs essayent de convaincre les chauffeurs qu'ils sont plus en sécurité dans leur cabine en cas de vol à main armée. "Nous les formons pour qu'ils aient confiance dans le camion. Le plus important est de ne pas sortir du véhicule", assure Rigoberto Sierra de Diamond Glass.

"Si tu es dans le camion et que le véhicule reçoit un impact (de balle), tu vas te mettre à douter. Mais nous avons besoin que le chauffeur tienne bon et se dise: +Non, je ne bouge pas+".

Vos commentaires