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Au procès de Millas, le désir de reconstruction malgré le ressentiment

Au procès de Millas, le désir de reconstruction malgré le ressentiment
L'épave d'un autocar scolaire entré en collision avec un train à un passage à niveau, le 15 décembre 2017 à Millas, au lendemain de l'accident RAYMOND ROIG
 
 

Des existences brisées par la "fatalité" mais la volonté d'avancer: enfants rescapés et parents de victimes d'une collision mortelle entre un bus scolaire et un train en 2017 à Millas (Pyrénées-Orientales) ont délivré mercredi au tribunal de Marseille un message d'espoir.

"J'attends la vérité pour qu'on puisse, toutes les familles, se réparer et essayer d'avancer", a lancé un adolescent, âgé de 14 ans au moment de l'accident, dont il est ressorti en urgence absolue.

Sur les dix-sept enfants blessés dans cette collision survenue à un passage à niveau le 14 décembre 2017, huit ont été grièvement blessés. Et six enfants ont été tués.

La conductrice du bus, Nadine Oliveira, 53 ans, est la seule mise en cause. Jugée depuis le 19 septembre pour homicides et blessures involontaires, elle est hospitalisée à la suite d'un malaise jeudi à la barre et le procès a repris lundi en son absence.

Elle n'est d'ailleurs "plus en soins intensifs" et "a été transférée en cardiologie", a précisé le procureur, Michel Sastre. "Elle doit subir un examen demain (jeudi) et pourrait sortir vendredi", a-t-il ajouté.

"Pourquoi moi et pas eux. Je me sens coupable d'être vivante. C'était des camarades, comme une deuxième famille, de la maternelle au collège, on se connaissait tous", a raconté une autre adolescente, aujourd'hui en fac d'anglais.

Mais cette "fatalité", "les copains n'y sont pour rien", selon Stéphan Mathieu, le père d'Ophélia, décédée à 13 ans dans l'accident.

"Elle aurait 18 ans aujourd’hui, son image m'envahit sans cesse de douleur et de souffrance. Que seraient sa jeunesse, ses loisirs, ses idées. Beaucoup de questions me hantent", a-t-il confessé.

Le tribunal a diffusé les photos des enfants qui sont décédés lors de la déposition de leurs parents, des visages enfantins, une photo de classe, des photos familiales.

Pour Enzo, majeur depuis quelques jours, la vie doit reprendre le dessus: "J'aurais voulu qu'il avance, qu'il vive si j'avais été mort", a-t-il affirmé en évoquant le souvenir de son meilleur ami, qui a péri dans l'accident.

- "Y a-t-il un coupable ?" -

"J'aurais voulu ne jamais me réveiller jusqu'à ce que je me dise que Teddy ne l'aurait pas voulu ni que son frère perde aussi sa mère", a témoigné la mère d'un autre adolescent décédé, qui a elle-même fait un coma à la suite de l'accident.

"Cela peut arriver à tout le monde, c'est arrivé à nous", a ajouté celle qui s'était promis de ne pas pleurer à la barre, sans succès, et qui considère qu'il "n'y a pas qu'une seule responsable".

Il faut "reprendre la vie en transformant la douleur", a-t-elle poursuivi, avant de s'adresser à son fils: "Tes copains sont là, je leur dis Profitez ! Vivez à fond ! C'est ça la revanche".

Absente depuis trois jours, la conductrice du bus est évoquée au détour des témoignages.

"A qui devons-nous en vouloir? Y a-t-il un coupable dans l'histoire ? C'est un accident. Nous méritons tous de nous reconstruire, nous, nos familles et Mme Oliveira", a estimé une jeune fille qui a subi huit mois d'hospitalisation à la suite de la collision.

Si certains expriment leur colère contre la prévenue, à l'instar de la mère de Loïc, décédé dans l'accident, qui lui lance virtuellement "Arrête de mentir ! Dis la vérité !", d'autres entrevoient un possible pardon.

"Nadine Oliveira, je ne vais pas dire que je l'excuse mais en même temps, je lui accorde le pardon car l'erreur est humaine", a déclaré, tremblant, le père d'Enzo.


 

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