Avec le départ de Hulot, quel avenir pour la feuille de route énergétique française?

En quittant le gouvernement, Nicolas Hulot laisse sur la table l'épineux dossier de la feuille de route énergétique de la France, censée être bouclée pour la fin de l'année et notamment organiser un moindre recours au nucléaire.

Cette "programmation pluriannuelle de l'énergie" (PPE) doit mettre en œuvre les objectifs de transition énergétique du pays sur les périodes 2018-2023 et 2024-2028.

Comme pour sa précédente édition (2016-2018), les débats et les difficultés se concentrent sur l'avenir du nucléaire, alors que la loi sur la transition énergétique de 2015 prévoit que la part de l'atome passe de 75 à 50% de la production d'électricité du pays à l'horizon 2025.

Depuis son arrivée au gouvernement, le ministre de la Transition écologique et solidaire avait promis à plusieurs reprises que le texte aboutirait à un nombre précis de réacteurs à fermer. Fin juin, il assurait encore qu'il y aurait un "échéancier" pour "qu'on sache quels réacteurs et le nombre de réacteurs" qui seraient concernés.

Mais mardi, en expliquant les raisons de son départ, Nicolas Hulot a laissé entendre que sur ce sujet, comme sur d'autres, il avait des difficultés à imposer ses vues.

"Quand on rentre dans des choses très concrètes, sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie, sur les réacteurs qu'il faut nommer (...) et qu'il n'y a pas les réponses qui me satisfassent, il y a un moment ou un autre, soit vous participez à une forte de mystification...", a-t-il affirmé sans terminer sa phrase.

Début août, Nicolas Hulot s'était déjà confié à Libération, qui publie mardi ses propos. Ne pas nommer précisément des réacteurs serait "une ligne rouge", avait-il estimé, alors qu'il avait déjà dû annoncer l'an dernier que la France ne pourrait pas tenir l'objectif de 2025.

Après avoir dénoncé en juin une "dérive" de la filière nucléaire, Nicolas Hulot a plus nettement fustigé mardi l'énergie atomique, "cette folie inutile économiquement, techniquement, dans laquelle on s'entête", alors qu'EDF plaide pour la construction rapide d'un deuxième réacteur de troisième génération (EPR), après celui de Flamanville (Manche).

"Si je m'en vais, il va y avoir trois EPR de plus dans les prochaines années", assurait M. Hulot à Libération.

- "Un obstacle qui disparaît" -

Actuellement, seule la fermeture des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) est actée. Mais les associations environnementales et de nombreux experts estiment que pour atteindre les objectifs de la loi, d'autres réacteurs devront être arrêtés dans les prochaines années, tandis qu'EDF ne juge aucune fermeture nécessaire avant 2029.

"Pour atteindre la part de 32% d'énergies renouvelables (dans la consommation d'énergie) et les 40% dans l'électricité, on ne peut pas maintenir le parc tel qu'il est, et c'est ce qu'on attend de la PPE", a encore défendu mardi auprès de l'AFP le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), Jean-Louis Bal.

"Nicolas Hulot a encouragé vraiment les énergies renouvelables", estime Laurence Berthelot, experte énergie au cabinet Oresys. "Le coup est parti, (...) mais si on a un nouveau ministre qui ne donne pas les mêmes budgets, (...) ça peut changer des choses", ajoute-t-elle.

Selon le président du SER, "pour ceux qui veulent que rien ne change, Nicolas Hulot qui disparaît, c'est un obstacle qui disparaît".

Ce dernier a d'ailleurs dénoncé les "résistances" au changement de modèle énergétique du pays. "OK, on ne veut pas d'éoliennes, on veut pas de centrales nucléaires, on veut pas de centrales thermiques. Alors comment on fait si on additionne tous les refus?", s'est-il emporté sur France Inter.

Sur Twitter, le sénateur écologiste (RDSE) Ronan Dantec a jugé que la démission de Nicolas Hulot "semble indiquer que le ministre avait perdu ces derniers jours les arbitrages essentiels", notamment sur le nucléaire. Une crainte partagée par d'autres écologistes.

"Il va falloir regarder quelles vont être les orientations d'Emmanuel Macron. (...) Il est plus nuancé par rapport au nucléaire", avance Mme Berthelot, qui juge que le gouvernement va aussi devoir "trouver un mode de fonctionnement où ce ministre [de l'Environnement, NDLR] soit plus écouté."

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