En ce moment
 
 

Mario Draghi résume ses huit ans à la BCE: "Ne jamais abandonner"

A découvrir

"Ne jamais abandonner": avant de passer la main à Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne, Mario Draghi a insisté jeudi face à la presse sur sa détermination à préserver l'euro pendant huit ans d'un mandat tumultueux marqué par les crises et les critiques.

"D'une certaine manière, ça fait partie de notre héritage: ne jamais abandonner", a-t-il déclaré lors de son ultime conférence de presse, qui sera suivie lundi d'une passation formelle avec l'ancienne directrice française du Fonds monétaire international.

La formule, qui laisse délibérément "aux historiens" le bilan détaillé de sa politique monétaire, en rappelle une autre passée à la postérité: celle par laquelle il s'était engagé en 2012 à faire "tout ce qu'il faudra" ("Whatever it takes") pour sauvegarder la monnaie unique.

Cette sortie inattendue, rompant avec la communication prévisible de ses prédécesseurs, avait calmé les marchés et résume aujourd'hui encore l'énergie déployée par la BCE pour stimuler l'économie, en fixant les taux d'intérêt au plus bas niveau et en rachetant pour 2.600 milliards d'euros de dette.

"S'il y a une chose dont je suis fier, c'est la façon dont le conseil des gouverneurs et moi-même avons constamment poursuivi notre mandat. De cela, collectivement, nous pouvons être très, très fiers", a insisté Mario Draghi.

- Appel à l'unité -

Le banquier italien, faute d'avoir réussi à ramener l'inflation en zone euro à proximité de son objectif de 2%, laisse pourtant à Christine Lagarde une tâche complexe: elle devra mettre en oeuvre les dernières mesures annoncées en septembre, tout en héritant d'une institution profondément divisée.

L'arsenal dégainé au sortir de l'été et confirmé ce jeudi, intégrant une baisse de taux et une relance controversée des rachats de dette à partir de novembre, avait en effet suscité la critique publique des présidents des banques centrales allemande et néerlandaise.

Quelques jours plus tard, Sabine Lautenschläger, membre allemande du directoire de la BCE, avait claqué la porte deux ans avant la fin de son mandat.

"Toutes les institutions ont des désaccords lorsqu'il s'agit de discuter de décisions de politique monétaire", a minimisé jeudi M. Draghi, préférant mettre en avant "l'appel à l'unité" de l'un de ses opposants, un autre ayant estimé que "le passé est le passé."

Souvent dépeint en penseur solitaire enclin à imposer ses visions, quitte à brusquer ses propres équipes, Mario Draghi reste crédité d'avoir sauvé l'euro en pleine crise de la dette. Sous son mandat, "la déflation "a été évitée, le chômage a chuté" et la BCE s'est muée "en banque centrale moderne dotée d'une panoplie d'outils nouveaux et flexibles", résume Frederik Ducrozet, stratégiste de Pictet Wealth Management.

- Quels outils pour Lagarde ? -

Mais sa politique d'argent abondant et pas cher reste contestée, en particulier en Allemagne ou aux Pays-Bas. Jeudi encore, le président de l'institut économique Ifo, Clemens Fuest, déplorait que la BCE ait "utilisé le pied-de-biche pour stimuler l'inflation", au risque de favoriser les bulles financières, léser les épargnants et décharger les gouvernements "de leurs responsabilités".

D'une pirouette, Mario Draghi s'est dispensé de répondre aux critiques allemandes, confiant simplement qu'il repartirait avec le casque à pointe offert en 2012 par le journal Bild: "Un cadeau est un cadeau", a-t-il plaisanté dans la langue de Goethe.

Le doute grandit pourtant, à moyen terme, sur l'efficacité d'un soutien monétaire aussi appuyé à la zone euro: après cinq années plutôt favorables et 11 millions d'emplois créés, la croissance décélère fortement, surtout dans l'industrie, en raison "d'incertitudes prolongées" allant des tensions commerciales au Brexit, selon M. Draghi.

Or maintenant qu'il a "mis la politique monétaire sur pilote automatique", avec un cap très accommodant, "le problème pour Mme Lagarde est que le placard des mesures de soutien est désormais presque vide", relève James Bentley, directeur de Financiel Markets Online.

"Si la conjoncture continue de faiblir en zone euro, elle aura de moins en moins d'outils pour la redresser", avertit l'analyste.

Vos commentaires