En ce moment
 

Allemagne: accord a minima sur le sort des vieux diesels

Allemagne: accord a minima sur le sort des vieux diesels
Face aux automobilistes inquiets de voir leur véhicule se déprécier, politiques et constructeurs cherchent depuis des mois à forger un compromis pour organiser la coûteuse mise à niveau de cette flotTHOMAS KIENZLE

Le gouvernement d'Angela Merkel a présenté mardi un compromis a minima sur le sort des millions de vieux diesels trop polluants circulant en Allemagne, sans conséquences financières claires pour les constructeurs, alors que cette technologie pourrait se voir bannir de dizaines de grandes villes.

Après six heures de négociation nocturne, conservateurs et sociaux-démocrates ont proposé aux propriétaires de véhicules diesels aux anciennes normes Euro 4 et Euro 5 de solliciter une adaptation technique aux frais du constructeur, par exemple en installant un filtre à particules, ou d'acheter une voiture plus récente en bénéficiant d'une "prime à la reprise".

Ces mesures sont cependant limitées aux quatorze villes présentant les plus forts taux d'oxydes d'azote (NOx) dans l'air, parmi lesquelles Munich, Stuttgart, Cologne, Reutlingen, Hambourg, Limbourg, Düsseldorf, Kiel, Darmstadt ou Bochum - mais pas Berlin.

Surtout, la contribution exacte des constructeurs reste à déterminer. Si tous ont proposé une prime à l'échange de plusieurs milliers d'euros, BMW a refusé les réparations à ses frais, Daimler ne s'est pas encore décidé et seul Volkswagen (VW) a accepté ces coûteuses modifications, a précisé le ministre conservateur des Transports, Andreas Scheuer.

Chez VW, les primes à l'achat seront en moyenne de 5.000 euros pour les voitures Euro 5, et de 4.000 euros pour les Euro 4, a indiqué le groupe, qui espère toucher "près d'un million de clients dans ces 14 villes".

Daimler annonce de son côté mettre en place des primes jusqu'à 10.000 euros et assure qu'il prendra "part" au programme d'adaptation technique exigé par le gouvernement.

Les mises à jour des logiciels manipulés de mesures d'émissions doivent par ailleurs se poursuivre, mais le gouvernement a d'ores et déjà reconnu que leur effet sur les rejets polluants était insuffisant.

- 'Pas de solution' -

"La montagne a accouché d'une souris", a déploré auprès de l'agence DPA Jürgen Resch, le directeur de l'association environnementale Deutsche Umwelthilfe, pour qui ce compromis ne suffira pas à éviter les interdictions de circulation des vieux diesels menaçant des dizaines de villes.

Pour Benjamin Stephan, chargé des transports au sein de Greenpeace, Berlin n'a "toujours pas trouvé de solution à la crise du diesel" et les constructeurs "cherchent plus que jamais à transformer leur fraude en matière d'émissions en bonus à la vente pour leurs nouveaux modèles".

Plusieurs analystes notent également le niveau déjà élevé des rabais sur le marché automobile allemand, ce qui fait planer des doutes sur l'efficacité des nouvelles primes.

"L'effet des primes à l'échange devrait rester limité", estime Ferdinand Dudenhöffer, directeur de l'institut allemand Center Automotive Research (CAR), tandis que le cabinet d'analyse EY note que "pour avoir un effet notable sur le marché de voitures neuves, les offres doivent être bien meilleures qu'en début d'année".

- Patate chaude -

Ce dossier, déjà épineux dans un pays où l'industrie automobile représente environ 800.000 emplois, s'était transformé en patate chaude pour le fragile gouvernement Merkel IV, opposant les ministres sociaux-démocrates et conservateurs.

Non seulement l'Allemagne est menacée de lourdes amendes par la Commission européenne pour son inaction face à la pollution de l'air, mais elle s'efforce aussi d'éviter que la justice ne bannisse les vieux modèles diesels de dizaines de centre-villes.

La seule perspective de telles interdictions, déjà entrées en vigueur partiellement à Hambourg et programmées l'an prochain à Stuttgart, a accéléré la chute des ventes de voitures diesels. Leur part de marché est passée de 48% en 2015 à 39% environ en 2017.

Pour BMW, Daimler et surtout Volkswagen, il s'agissait aussi de trouver une solution, avant que la justice ou des associations de consommateurs ne s'en mêlent. Aux États-Unis, Volkswagen a déjà dû débourser 27 milliards d'euros en rappel de véhicules et frais de justice.

Le numéro un mondial de l'automobile a été accusé dès 2015 par les autorités américaines d'avoir équipé près de 11 millions de véhicules d'un logiciel capable de fausser le résultat des tests antipollution et dissimulant des émissions dépassant parfois jusqu'à 40 fois les normes autorisées. Dans la foulée, Daimler et l'équipementier Bosch ont aussi été accusés de tricherie.

Vos commentaires