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Blanchiment: Danske Bank dans le viseur de la justice américaine

Blanchiment: Danske Bank dans le viseur de la justice américaine
Une agence Danske Bank à Tallinn, en Estonie, le 5 septembre 2017. La filiale estonienne de la banque danoise est au centre du scandaleRAIGO PAJULA

Nouveau coup de tonnerre dans le scandale de blanchiment qui vise la filiale estonienne de Danske Bank, la plus grande banque danoise, avec l'ouverture d'une enquête des autorités américaines et la menace d'une amende colossale.

"Danske Bank a (...) reçu des demandes d'information de la part du département de la Justice américain en lien avec une enquête pénale sur la branche estonienne de la banque", a-t-elle écrit jeudi dans un communiqué.

"Nous coopérons avec les autorités d'enquête. Il est trop tôt pour spéculer sur l'issue de ces investigations", a souligné le patron par intérim de la banque, Jesper Nielsen.

Sa filiale estonienne est au centre du scandale: selon un rapport indépendant commandé par la banque, elle a vu transiter entre 2007 et 2015 quelque 200 milliards d'euros à travers les comptes de 15.000 clients étrangers non-résidents en Estonie. Les transactions ont été faites en dollars et en euros.

Une part importante de ces fonds a été jugée suspecte, ce qui pourrait porter la somme d'argent sale à plusieurs dizaines de milliards d'euros, provenant essentiellement de Russie.

La présentation du rapport avait entraîné mi-septembre la démission du directeur-général de l'institution, Thomas Borgen. Le directeur de la banque pour le Danemark, Jesper Nielsen, occupe désormais ce poste par intérim.

L'extraterritorialité des lois américaines, en vertu du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) de 1977, permet aux États-Unis de traquer les malversations d'une entreprise partout sur le globe, dès lors que ses transactions transitent par le circuit financier américain ou sont faites en dollars.

- Le spectre d'une lourde amende -

Le scandale, qualifié par le ministre danois des Entreprises de "plus grande affaire de blanchiment en Europe" dans un pays traditionnellement cité pour son faible niveau de corruption, fait l'objet de plusieurs enquêtes au Danemark mais aussi au Royaume-Uni et est dans le collimateur de l'UE.

En outre, l'autorité danoise des marchés financiers a demandé à Danske Bank de réserver 10 milliards de couronnes (671 millions d'euros) pour s'assurer de sa solvabilité.

La banque a annoncé avoir augmenté son ratio de fonds propres CET1, désormais autour de 16% (contre 14-15% auparavant).

Du côté des actionnaires, les incertitudes demeurent.

"A l'heure actuelle, il n'existe encore aucune certitude quant au montant d'une amende", a relevé le quotidien économique Børsen.

Pour l'analyste de Sydbank Mikkel Emil Jensen, "les autorités américaines ont historiquement toujours imposé de lourdes amendes dans de tels cas. La probabilité d'une amende a donc nettement augmenté", a-t-il déclaré à l'AFP.

Réunis cette semaine au Luxembourg, les ministres des Finances de l'UE se sont engagés à améliorer les règles européennes pour lutter contre le blanchiment.

Au coeur de cette initiative: le renforcement des pouvoirs du régulateur bancaire européen, l'Autorité bancaire européenne (ABE), fondée en 2010.

L'entité, dont le siège va déménager l'an prochain de Londres à Paris, pourrait voir ses moyens augmenter pour assurer une surveillance unique plus efficace en matière de lutte contre le blanchiment.

Le ministre danois des Entreprises, Rasmus Jarlov a salué la proposition de la Commission, la qualifiant de "constructive".

A la Bourse de Copenhague, le titre du groupe perdait 3,3%, à 160,8 couronnes dans un marché en baisse (-2,8%) à 13h30 (11h30 GMT).

Depuis le début de l'année, l'action Danske Bank a perdu un tiers de sa valeur.

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