Bocuse d'Or: une "fête des chefs" sans Monsieur Paul

Jérôme Bocuse s'inscrit dans les pas de son père Paul, décédé il y a un an: il préside le prestigieux concours culinaire des Bocuse d'Or à Lyon, véritable "tremplin" pour les jeunes chefs du monde entier, tout en faisant prospérer l'empire familial.

Q : Comment abordez-vous cette 17e édition des Bocuse d'Or, qui démarre mardi, un an après le décès de votre père?

R: "C'est la première édition sans mon père. Aujourd'hui il n'est plus là mais on se doit de continuer. C'est vrai pour le Bocuse d'Or, c'est vrai pour tous ses restaurants. Il nous a ouvert la voie et aujourd'hui c'est à nous de la suivre et de faire de notre mieux.

La philosophie du concours n'a pas changé. Cette compétition est née en 1987. Au début c'était une aventure de copains cuisiniers de Lyon, mon père ayant toujours eu envie de faire sortir les cuisiniers de leur cuisine. Il voulait surtout faire connaître d'autres cuisines. Aujourd'hui, grâce aux réseaux sociaux, à internet, on voit ce qui se passe dans le monde. Il y a 32 ans, ce n'était pas pareil donc il était important de mettre en avant des cuisines peu connues chez nous, en France. Au-delà du concours, le Bocuse d'Or c'est aussi la fête des chefs, la fête des cuisiniers.

Et puis, mon père a toujours été dans la transmission, il ouvrait les portes à de jeunes chefs qui ne pouvaient pas forcément les ouvrir eux-mêmes. Souvent on a vu des chefs arriver au Bocuse d'Or et revenir dans leur ville, dans leur pays, accueillis comme de véritables stars. Cela a été un tremplin pour leur carrière".

Q : Quel est votre pronostic pour la finale de cette année?

R : "C'est difficile. Les pays scandinaves sont toujours présents, ils l'ont montré encore au Bocuse d'Or Europe (Norvège, Suède et Danemark ont composé le podium de la sélection européenne du concours en 2018 à Turin, ndlr) et ils s'investissent beaucoup dans le concours. J'aimerais bien aussi que la France, qui n'est pas montée depuis un petit moment sur le podium, soit dans le tiercé. Les Américains remettent leur titre en jeu puisque ce sont les derniers à avoir pris le Bocuse d'Or. Après, on peut avoir des surprises, ça reste un concours. Mon plus grand souhait, c'est que des petites nations arrivent à se mettre avec les plus grosses et fassent découvrir leur terroir mais aussi leur culture parce qu'avec la gastronomie, on va au-delà de l'assiette. Il y a une histoire, un produit, une façon de faire et c'est passionnant. Mais c'est un processus qui prend du temps et on l'a vu avec le Japon, ils ont monté les marches une par une pour arriver jusqu'au podium".

Q : Quels sont vos projets pour le groupe Bocuse?

R : "Après un passage de témoin un peu en douceur, aujourd'hui mon rôle est vraiment de continuer tout ce qui a été fait par mon père, avec sa philosophie, avec les équipes.

Nous sommes en bonne voie pour l'ouverture d'un nouvel établissement à Paris, ce sera dans le quartier du Louvre, pour le printemps. Ce sera une brasserie car le restaurant trois étoiles de Collonges n'est pas transportable. Vous ne verrez pas un restaurant gastronomique Paul Bocuse ailleurs qu'à Collonges-au-Mont-d'Or. Le but, c'est d'inciter des touristes étrangers, en voyant le nom Bocuse, de venir vers nous, à Lyon. Une présence Bocuse à Paris, c'est un petit clin d'oeil, un petit échantillon de notre culture, de notre gastronomie et venez à Lyon!"

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