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Le directeur général de Boiron sur le départ, en pleine fronde contre l'homéopathie

Le directeur général de Boiron sur le départ, en pleine fronde contre l'homéopathie
L'emblématique directeur général du géant français de l'homéopathie Boiron a annoncé son départ prochainFRED TANNEAU
pharmacie

Christian Boiron, emblématique directeur général du géant français de l'homéopathie Boiron, a annoncé mercredi son départ au 1er janvier 2019, alors que le groupe familial est en difficulté, sur fond de relance du débat sur l'homéopathie en France.

Valérie Poinsot, 49 ans et directrice générale déléguée depuis sept ans, "a été désignée pour lui succéder", a indiqué le groupe dans un communiqué laconique, sans dévoiler les raisons du départ du capitaine.

C'est la première fois que le groupe lyonnais, fondé à la fin des années 1960 par le père et l'oncle de Christian Boiron, sera dirigé par un non-membre de la famille.

Aujourd'hui âgé de 71 ans, Christian Boiron était directeur général du groupe depuis juillet 2011, son frère Thierry en étant le président.

Mais les deux frères se partageaient déjà le pouvoir au sein du groupe auparavant, se répartissant entre eux, au fil des ans, présidence et direction générale.

Christian Boiron était entré dans la société en 1970, alors qu'il venait à peine d'obtenir son diplôme de pharmacien. A l'époque, il ne pensait "pas y faire long feu", a-t-il confié dans un ouvrage personnel publié en 2016, "Recherche en homéopathie".

"Ma passion, c'était le social. Et puis peu à peu, j'ai découvert que le management et la médecine étaient des proches parents (...), dans les deux cas je ressentais un fort besoin de réflexion philosophique et éthique", a encore écrit celui qui a été souvent cité comme un "patron social" et un précurseur du "bien-être" en entreprise.

Il y a à peine plus de deux ans, il avait répondu par un "non" tranchant quand l'AFP lui avait demandé s'il comptait prochainement raccrocher.

- Bénéfices en berne -

Mais si le moment choisi pour partir est une surprise, la nomination à sa place de Valérie Poinsot n'en est pas une: depuis quelques années le directeur général avait fait d'elle sa dauphine.

Avant de rejoindre Boiron en 2000 et de gravir peu à peu tous les échelons, Mme Poinsot, diplômée d'une maîtrise de marketing et gestion, a débuté en 1991 au sein de l'agence de publicité Publicis. Elle est aussi passée par la suite par les laboratoires Fournier, puis Urgo.

Le départ de M. Boiron survient alors que le groupe traverse une période de turbulences, sur fond de résultats en baisse et de relance du débat en France sur l'efficacité de l'homéopathie.

Cette polémique ancienne a ressurgi avec vigueur depuis la publication en mars dernier dans Le Figaro d'une tribune au vitriol d'une centaine de médecins opposés à cette pratique, et réclamant l'arrêt de sa prise en charge partielle par l'assurance maladie.

Il y a deux semaines, le ministère de la Santé a saisi la Haute autorité de santé (HAS) pour évaluer l'efficacité de l'homéopathie et le "bien-fondé" de son remboursement. L'avis de la HAS, sur lequel se basera le gouvernement pour trancher, est attendu d'ici fin février.

Mercredi le groupe Boiron a également publié ses résultats du premier semestre, qui témoignent de ses difficultés, notamment en France, son principal marché.

Le bénéfice net a reculé de 13,1%, à 21,6 millions d'euros, sur le semestre écoulé, tandis que son résultat opérationnel a diminué de 13,8%, à 35,38 millions d'euros.

En cause, "la diminution du chiffre d'affaires et de la hausse significative des coûts de production industrielle traduisant tous les efforts d'investissement et de développement", selon le groupe, dont le cours de Bourse a baissé de plus de 12% depuis le début de l'année.

Sur l'ensemble du premier semestre, le chiffre d'affaires a reculé de 1,5% (+0,9% à taux de change constants) sur un an, totalisant 280,5 millions d'euros, selon des chiffres déjà communiqués en juillet.

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