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Brexit: "l'anticipation" des transporteurs, principe clé pour un trafic fluide

C'est un mécanisme "bien rodé" mais qui dépend d'un facteur-clé, "l'anticipation": douanes françaises, compagnies maritimes et exploitants du port de Calais testaient une nouvelle fois mardi leur dispositif frontalier en vue du Brexit, en insistant sur la nécessité pour les entreprises de bien se préparer.

"Vous ne me ferez pas dire que le parking", prévu pour accueillir les poids lourds présentant un défaut de formalités douanières, "sera plein" à cause du Brexit: le directeur général adjoint des Douanes, Jean-Michel Thillier, opte pour la bonne humeur face aux inquiétudes.

Gilet fluo floqué "Douanes" sur le costume, mouillé par le frais climat calaisien, il assistait mardi à un nouveau test de la "smart border", frontière intelligente, qui doit séparer le Royaume-Uni de l'Union européenne.

- "Porter la bonne parole" -

L'inquiétude ? Que les nouvelles formalités n'aient pas été suffisamment anticipées par les habitués d'un "Channel" version espace commun, laissant des poids lourds en carafe. "D'où la nécessité d'aller porter la bonne parole dans l'ensemble des pays membres", via des actions d'information et de sensibilisation, martèle-t-il.

"Les douanes sont prêtes, les compagnies maritimes sont prêtes, les infrastructures sont prêtes", complète auprès de l'AFP Stéphanie Thomas, responsable douanes Europe pour DFDS, l'une des deux compagnies maritimes qui opèrent des ferries sur le port de Calais.

En revanche, "si on a des importateurs ou exportateurs qui ne se sont pas préparés pour trouver un représentant en douanes ou pour leur déclaration d'importation ou d'exportation, ils vont perdre du temps parce qu'on ne pourra pas les appairer", poursuit-elle.

Les appairer ? "C'est la constitution d'un couple entre la plaque d'immatriculation du vecteur, le poids lourd, et de la marchandise à l'intérieur, identifiée avec la déclaration" en douanes, détaille Eric Meunier, le directeur interrégional des Douanes des Hauts-de-France.

Avec une déclaration "anticipée", c'est "pendant la durée du trajet", en Eurotunnel ou en ferry, que le système informatique douanier va "reconnaître la déclaration, la traiter du point de vue de la fiscalité et des droits de douanes, et éventuellement des contrôles à effectuer", complète-t-il.

C'est ainsi que Didier Verhaeghe, conducteur poids lourds pour l'entreprise calaisienne Carpentier, a été notifié en mer - "dans le local pour les conducteurs" - que son véhicule serait contrôlé mardi, pour les besoins du test réalisé à Calais.

"Ça me rappelle un système simplifié mis en place il y a 25 ans, avec des tickets jaunes, verts ou bleus, que vous obteniez dès l'embarquement", explique-t-il, se disant "sans inquiétude" concernant les contrôles côté français.

- Moyens renforcés -

Plusieurs centaines de douaniers ont été embauchés en vue du Brexit, pour lequel le ministère des Comptes publics a investi quelques 40 millions d'euros.

La société d'exploitation du port a elle consenti 6 millions d'euros d'investissements pour "construire deux bâtiments", pour les contrôles douaniers, vétérinaires et phytosanitaires, et "aménagé" des parkings pour les véhicules qui n'auraient pas réalisé en amont leurs formalités administratives, expose Benoît Rochet, son directeur général délégué. Soit 250 places laissant une "marge de manoeuvre".

La fluidité est cruciale pour le port de Calais, où 2 millions de poids lourds transitent chaque année, en plus des 1,8 million passant par Eurotunnel et de 660.000 qui passent par le port de Dunkerque, dans le Nord.

Or, "quelqu'un qui ne peut pas embarquer va rester sur l'autoroute et peut bloquer ceux qui sont derrière et qui auraient, eux, fait leurs formalités", redoute Stéphanie Thomas.

Comme plus de 70% des flux commerciaux "ne sont pas des flux français mais communautaires", espagnols, polonais, rappelle Eric Meunier, les différents acteurs peinent à mesurer le degré de préparation des transporteurs. D'où des opérations de communication et sensibilisation tous azimuts.

"Ce serait stupide" que les transporteurs ne remplissent pas les formalités douanières en amont, juge Didier Verhaeghe: "si elles ne le font pas, c'est à leur détriment".

En revanche, il craint "des problèmes de virgule, de i à la place d'un l... Le genre de problème qu'on rencontrait il y a 25 ans", explique-t-il, inquiet également du degré d'impréparation de l'autre coté de la Manche. A 53 ans, il l'assure: il s'agissait mardi de son "dernier voyage en Angleterre".

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