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Brouillage, filets... les pistes pour protéger les aéroports contre les drones

Brouillage, filets... les pistes pour protéger les aéroports contre les drones
Un drone en démonstration lors de l'exposition "Drones Paris Region Expo", à Brétigny-sur-Orge, au sud de Paris, le 28 septembre 2018Christophe ARCHAMBAULT
INFORMATIQUE

Un drone non identifié qui, à l'écran, se rapproche à vive allure de l'aéroport du Bourget? Pas de panique, c'est une simulation! De plus en plus d'entreprises proposent brouillage, filets d'interception, voire drone anti-drone, pour faire face à cette menace.

Sur l'écran radar du stand de CS Communication Systèmes, un drone quadrirotor apparaît, et se dirige vers la tour de contrôle de l'aéroport. "La zone de brouillage va le faire repartir d'où il est revenu", expose à l'AFP Egidio Cau, le responsable de la lutte anti-drone de cette entreprise aux 200 millions d'euros de chiffre d'affaires.

L'attaque est fictive, mais Boreades, le système de l'entreprise, est bien opérationnel: il a notamment été déployé par la préfecture de police de Paris pour protéger la tribune présidentielle lors du dernier défilé du 14 juillet.

Les aéroports sont particulièrement exposés. En décembre, l'aéroport londonien de Gatwick avait été paralysé pendant 36 heures par un signalement de drones. Heathrow (Londres) et Newark (New York) en janvier, Dubaï et Dublin en février, ou encore Francfort début mai, ont aussi été perturbés à des degrés divers.

- Multiplication d'incidents -

Une partie de la batterie "est potentiellement explosive", explique à l'AFP Thomas Gueudet, responsable commercial de CerbAir, spécialisé dans l'anti-drones. Si le drone, même sans intention maligne, était aspiré dans le réacteur d'un avion, les conséquences pourraient être désastreuses. "D'où le principe de précaution de clouer le trafic au sol".

Aéroports de Paris (ADP) a lancé il y a deux ans un programme visant la détection des drones, Hologarde, en partenariat notamment avec Thales.

Selon le directeur général exécutif de Groupe ADP, Edward Arkwright, un radar a été installé à la fin de la semaine dernière sur une tour à l'aéroport Charles-de-Gaulle".

"L'objectif est que le système soit opérationnel à la fin de l'année 2019", a-t-il expliqué mardi, espérant pouvoir ensuite le commercialiser, après "que les contrôleurs se le seront approprié".

Les défis, de l'identification à la réponse à apporter à l'attaque, sont nombreux. Est-bien un drone ou s'agit-il d'un oiseau?

Pour le PDG de Drone Volt, Olivier Gualdoni, l'avenir appartient aux drones en "vol autonome", assistés par l'intelligence artificielle. Ils rendront la détection du pilote encore plus difficile.

Vient ensuite la question délicate de l'interception. Le brouillage est problématique dans un environnement aéroportuaire, note M. Gualdoni.

"Vous brouillez tout: sur un aéroport, potentiellement les communications entre la tour de contrôle et les avions, voire les téléphones ou les télécommandes".

- "Les aéroports: plus gros marché" -

Et l'autorisation de brouiller est différente selon les pays. "Personne ne peut brouiller au Royaume-Uni, sauf en cas de potentiel danger pour des personnes, tandis que l'Allemagne autorise généralement sa police à le faire, par exemple", détaille à l'AFP Markus Wolf, directeur du développement chez Hensoldt, poids lourd allemand du secteur.

"Des solutions de lance-filet voire de drone intercepteur peuvent être plus efficaces", selon Egidio Cau.

Pour Olivier Gualdoni, la bonne solution "reste à trouver".

En tout cas, le marché aéroportuaire "est sans doute le plus gros marché" en matière d'anti-drone, observe Markus Wolf. "Mais c'est aussi le moins structuré, parce qu'il n'y a pas encore de modèle sur qui doit s'équiper d'un tel système: contrôle aérien, opérateur aéroportuaire, propriétaire de l'aéroport, police..."

Une législation européenne sur l'utilisation des drones, qui doit entrer en vigueur en juillet 2020, a été publiée mi-juin et doit "harmoniser le cadre réglementaire en Europe", selon la direction générale de l'aviation civile (DGAC).

Elle prévoit notamment l'"obligation de mettre en place un transpondeur dans les drones, ce qui en termes de gestion du trafic sera un énorme pas en avant", commente Thomas Gueudet.

Mais "personne ne peut interdire à un drone de voler non immatriculé, les personnes malveillantes n'auront qu'à enlever ce transpondeur", nuance Egidio Cau.

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