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Chahutée sur les marchés, l'Argentine appelle le FMI au secours

Chahutée sur les marchés, l'Argentine appelle le FMI au secours
Le Président argentin Mauricio Macri, en conférence de presse à Buenos Aires, le 10 avril 2018EITAN ABRAMOVICH

Dix-sept ans après être tombée en défaut de paiement, l'Argentine, troisième économie d'Amérique latine, a entamé mardi des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir "une ligne de soutien financier", après une semaine de turbulences sur les marchés.

"De manière préventive, j'ai décidé d'entamer des discussions avec le Fonds monétaire international pour qu'il nous accorde une ligne de soutien financier", a annoncé le président Mauricio Macri lors d'une allocution télévisée.

"Nous prenons le seul chemin possible pour sortir du blocage, en cherchant à éviter une grande crise économique qui nous ferait revenir en arrière et causerait du mal à tous", a-t-il ajouté.

Mauricio Macri, au pouvoir depuis fin 2015, a indiqué avoir déjà eu une première conversation avec la directrice du FMI, Christine Lagarde, mais n'a pas précisé quel serait le montant du crédit sollicité par l'Argentine auprès de cet organisme international.

"Pendant les deux premières années (de mandat), nous avons eu un contexte international très favorable, mais ce contexte est en train de changer. Nous sommes parmi les pays au monde qui dépendent le plus du financement externe, en raison des énormes dépenses publiques dont nous avons héritées et que nous sommes en train de remettre en ordre", a-t-il expliqué.

Selon le chef de l’État, le financement du FMI permettra de renforcer son "programme de croissance et développement, en nous donnant une meilleure base pour affronter ce nouveau scénario mondial et éviter une crise comme celles que nous avons eues dans notre Histoire", une référence notamment à la grande crise de 2001 qui avait traumatisé le pays, tombé en défaut de paiement.

En janvier 2006, l'Argentine avait remboursé son dernier crédit auprès du FMI, pour 9,6 milliards de dollars.

Le peso argentin, qui à l'ouverture des marchés mardi chutait de 4,61% à 23,41 pesos pour un dollar, se reprenait légèrement peu après le discours présidentiel, à 23,06.

- Risque pour la croissance -

La monnaie avait subi une véritable dégringolade la semaine dernière, de près de 5% sous l'effet notamment de la hausse des taux des bons du Trésor américain, obligeant la Banque centrale à relever son taux directeur à 40%, le niveau le plus élevé au monde.

Mais un taux aussi astronomique peut affecter la croissance du pays, troisième économie d'Amérique latine derrière le Brésil et le Mexique, qui s'était redressée en 2017 à 2,8%, après une chute de 2,3% en 2016.

"Il est certain qu'un taux plus élevé peut avoir un impact sur la productivité, même si cela dépend de combien de temps ça dure, mais l'Argentine a souffert de nombreuses crises par le passé, nous devons nous assurer que cela n'arrive plus", avait dit le ministre de l’Économie, Nicolas Dujovne, la semaine dernière.

Après cette thérapie de choc, une autre mesure de l'institution financière pour freiner la chute du peso est entrée en application lundi: elle force les établissements bancaires à remettre sur le marché une partie de leurs réserves de billets verts, environ 2 milliards de dollars.

Mardi, la Banque centrale doit annoncer son taux directeur, qu'elle pourrait encore décider de relever pour convaincre les Argentins de placer leur argent plutôt que d'acheter des dollars, monnaie refuge quand l'inflation est forte. Ce qui permettrait d'enrayer la dévaluation du peso.

Le pays est confronté à une inflation élevée, de 24,8% en 2017, qu'il compte ramener à 15% cette année, assurant que l'objectif ne sera pas relevé, mais le FMI se veut plus pessimiste, attendant 19,2%.

Le peso argentin a longtemps été surévalué par rapport au dollar car l'ex-présidente argentine Cristina Kirchner avait établi un contrôle des changes pour endiguer la fuite de capitaux.

Le gouvernement du président Macri a rompu avec cette politique dès son arrivée au pouvoir, préférant laisser flotter sa monnaie.

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