Chambres d'agriculture: FNSEA et JA toujours plus majoritaires dans un monde paysan "résigné"

Chambres d'agriculture: FNSEA et JA toujours plus majoritaires dans un monde paysan
La présidente de la FNSEA Christiane Lambert s'exprime au 72ème congrès de son syndicat, le 28 mars 2018 à ToursGUILLAUME SOUVANT

La FNSEA, menée par sa présidente Christiane Lambert, a accru, avec les Jeunes agriculteurs, sa mainmise sur les chambres d'agriculture, lors d'un scrutin marqué par une forte abstention dans un monde paysan miné par la conjoncture et les critiques sociétales.

Mercredi soir, alors que se dessinait la tendance, Christiane Lambert, qui dirige la FNSEA depuis moins de deux ans et la mort brutale de son prédécesseur Xavier Beulin, ne boudait pas son plaisir: "C'est une victoire d'équipe", a-t-elle clamé, tout en s'accordant des qualités de "coach et capitaine".

"Nous avons la satisfaction d'avoir gagné dans quatre départements", a affirmé Mme Lambert, égrenant la "reconquête" du Calvados, "perdu il y a fort longtemps", et regagné grâce à une "campagne de terrain", avec plus de 10 points d'écart. Les listes FNSEA-JA ont également repris le Puy-de-Dôme, "perdu la fois dernière en raison de divisions internes", tout comme la Charente, "à la force du poignet", et ont également remporté l'île de la Réunion, avec 900 voix d'écart.

Les listes FNSEA-JA améliorent également leur score national, autour de 55,8%, selon Claude Cochonneau, président des chambres d'agriculture et candidat à sa réélection, alors que la Coordination rurale espérait bien lui tailler des croupières et lui ravir des territoires. Elle lui a pris la Vienne et la Haute-Vienne et conservé son fief du Lot-et-Garonne.

De plus, outre la Charente et le Calvados, la Coordination lui abandonne le Puy-de-Dôme, qu'elle dirigeait avec la Confédération paysanne. Cette dernière a gagné la Loire-Atlantique, mais à deux voix près sur plus de 7.000 votants, selon Christiane Lambert, qui a annoncé un recours.

Au total, sur près de 80 départements dont les résultats étaient connus jeudi soir, plus de 70 ont atterri dans l'escarcelle de la FNSEA, alliée aux Jeunes agriculteurs.

Contrairement à ce qu'espérait Bernard Lannes, patron de la Coordination rurale, qui misait sur le "dégagisme" pour prendre des pions à la FNSEA, "l'abstention a touché tout le monde de façon uniforme", a-t-il reconnu.

Son syndicat revendique néanmoins le maintien à la deuxième place dans le paysage syndical, avec environ 21,5% des voix.

"Il y a un désengagement des agriculteurs", a-t-il estimé, s'inquiétant pour la capacité d'influence des syndicats agricoles: "A force, le gouvernement va se demander si les chambres d'agriculture, ça sert encore à quelque chose".

- "Agri-Bashing" -

La forte hausse de l'abstention lors de ce scrutin traduit une "résignation" du monde paysan, a estimé le président des chambres.

Dernière élection professionnelle à voir sa participation régulièrement dépasser la barre des 50%, le scrutin a vu cette année l'assiduité des votants chuter de 10 points, à environ 45%.

"Cela reste un taux de participation, pour une élection professionnelle, largement au-dessus de la moyenne des autres secteurs, néanmoins, il ne faut pas négliger une baisse de la participation de presque 10 points en moyenne", a déclaré à l'AFP M. Cochonneau.

"C'est un peu de la résignation, et ce n'est pas bon", a-t-il déclaré, souhaitant "trouver les ressorts pour réenclencher une dynamique".

Le phénomène n'est pas nouveau, selon le président de l'APCA, qui a rappelé que 2013, année du précédent scrutin, avait déjà été marquée par une chute de la participation, à 54,34%, plus de 10 points en-dessous du millésime 2007 (65,5%), certes exceptionnel.

La chute aurait selon lui été encore plus marquée si à l'époque, les agriculteurs n'étaient pas sortis de 2012, très belle année, notamment pour les céréaliers.

"Il y avait une certaine dynamique en 2013 qui était liée à cette bonne année 2012 et qu'on n'a pas connue cette année hélas, avec les différentes crises qu'il peut y avoir le risque de peste porcine africaine, épée de Damoclès sur le porc, une année difficile sur le plan climatique, donc l'ambiance n'est pas du tout la même", a-t-il ajouté.

Le climat est d'autant plus lourd que les agriculteurs n'ont de cesse de dénoncer le dénigrement systématique ou "agri-bashing", dont ils estiment être victimes.

Néanmoins, quelques motifs d'espoir subsistent, pour M. Cochonneau, selon qui le monde paysan "compte beaucoup sur la loi Alimentation", évoquant les récents accords tripartites passés par les distributeurs, les industriels et les organisations de producteurs.

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