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Chez les commerçants des Champs-Elysées, "on ne voit plus le bout du tunnel"

Consommation

Il a passé la matinée à nettoyer son magasin, sans parvenir à évacuer sa "colère". Comme de nombreux commerçants des Champs-Elysées, Emir Fatnassi assure ne plus voir "le bout du tunnel" après les violences qui ont marqué l'acte 18 des "gilets jaunes".

"On peut manifester mais pourquoi tout casser? On n'en peut plus", soupire ce jeune homme, co-responsable d'une boutique Celio située à quelques centaines de mètres de l'Arc de triomphe, en montrant d'un air dépité la devanture du magasin, criblée d'impacts de pavés.

En lieu et place de la porte, une planche de fortune a été installée, entourée de ruban adhésif. A l'intérieur du magasin, les étals sont vides. Quelques morceaux de verre jonchent encore le sol, éclairés par le soleil qui illumine par à-coups la célèbre avenue.

"Il va falloir changer les vitrines: c'est au minimum 25.000 euros. Et puis il y a un important stock de marchandises qui s'est évaporé. C'est dramatique", confie Emir Fatnassi. "Je me prépare déjà pour samedi prochain. J'ai l'impression que ça ne va jamais se terminer".

Quelques mètres en contrebas, devant une boutique de prêt-à-porter de marque italienne, un homme juché sur un escabeau s'efforce de décoller un film en plastique installé la veille pour tenter de protéger la vitrine des casseurs. "Ca n'a pas complètement marché", constate-t-il.

Quelques pavés descellés sur l'avenue et des éclats de verre autour des abribus témoignent des violences de la veille. Une odeur de caoutchouc brûlé flotte autour des kiosques à journaux incendiés. Devant le Fouquet's dont l'auvent, brûlé la veille, est recouvert d'une bâche noire, des journalistes de télévision font leurs directs.

- "Patrimoine national" -

Selon le Comité Champs-Elysées, association de promotion de la célèbre avenue parisienne, 80 enseignes ont été touchées lors de la manifestation de samedi, dont une vingtaine ont subi pillages ou départs d'incendie.

Parmi les commerces les plus touchés: la maroquinerie Longchamp, le chocolatier Jeff de Bruges, mais aussi le magasin du fabricant chinois de smartphones Xiaomi, inauguré mi-janvier.

"Il y a eu un déferlement de violence", raconte Jean-Noël Reinhardt, président de ce comité qui revendique 180 adhérents, qui évoque des scènes de "chaos". "Il faut que les pouvoirs publics mettent un terme à cette situation", ajoute-t-il.

Depuis le début du mouvement, certains commerçants ont vu leur chiffre d'affaire descendre en flèche: "Les Champs-Elysées, c'est un morceau du patrimoine national. Il faut le défendre", assène M. Reinhardt.

Derrière lui, des ouvriers s'activent, perceuse à la main, pour installer des planches sur la devanture d'un magasin de luxe. Les touristes et les badauds se succèdent, l'air incrédule, photographiant avec leur téléphone la façade vandalisée.

"Qu'est ce qu'on a fait à notre ville?" se lamente Tania, Néerlandaise en visite à Paris où elle a habité pendant plusieurs années. "Ça fait mal de voir ça, et ça fait peur aux touristes", explique cette ancienne guide qui avait l'habitude d'amener ici ses compatriotes.

Mahmoud, sexagénaire venu exprès des Lilas, est dégoûté: "C'est des animaux qui ont fait ça. Ils vont rouvrir dans trois jours mais c'est mauvais pour le commerce et pour l'image". "Pourquoi on n'a pas bloqué tout le quartier?" s'interroge son épouse Samia.

"Toutes les boutiques ont été gardées au cours de la nuit avec des agents appelés dans la soirée", explique un vigile, qui préfère garder l'anonymat. Lui a été prévenu "hier à 20 heures", pour la première fois depuis le début du mouvement.

"Jean", chef d'entreprise, remonte l'avenue avec des amis. Il a participé à la manifestation samedi, comme à toutes celles depuis le début, et regarde les vitrines d'un oeil sceptique: "Vous avez vu comment ils réparent vite? On pleure sur les magasins, mais ces grosses boîtes ne paient rien du tout en charges ici, alors que nous on est écrasés par l'Urssaf".

Les dégâts? "C'est pas assez, et ça va être pire", dit-il, en promettant une poursuite du mouvement. "Ca va continuer le weekend mais il y aura des actions en semaine aussi".

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