Chine: les sociétés européennes dénoncent un climat des affaires hostile

Chine: les sociétés européennes dénoncent un climat des affaires hostile
Un drapeau chinois devant une raffinerie de Shanghai, le 22 mars 2018Johannes EISELE
Chine

Les entreprises européennes, bien que plus optimistes sur la conjoncture, dénoncent toujours un climat des affaires hostile en Chine, entre restrictions sur l'internet et réglementations inéquitables, selon une enquête publiée mercredi.

Quelque 61% des 532 entreprises de l'Union européenne sondées par la Chambre de commerce de l'UE en Chine, dans le cadre d'une enquête annuelle, se disent "optimistes" sur la croissance de leur secteur dans le pays, contre 55% l'année précédente.

"Mais à mesure que l'économie chinoise arrive à maturité, ses aspects inefficaces de longue date deviennent plus flagrants", commente la Chambre de commerce. "Des barrières anciennes persistent. L'environnement réglementaire bride l'économie, en contraste frappant" avec l'embellie de la conjoncture, confirme devant quelques journalistes Mats Harborn, président de la Chambre.

Pour la moitié (48%) des entreprises, il est devenu "plus compliqué" de faire des affaires en Chine.

Parmi leur litanie de plaintes: environnement juridique incertain, renchérissement du coût du travail, complications administratives... mais surtout barrières persistantes visant les étrangers et "Grande muraille électronique" encadrant l'internet local.

Les deux tiers des entreprises estiment que la censure et le blocage de certains sites, messageries et moteurs de recherche ont un impact négatif sur leur activité. "C'est une grande contradiction, pour une Chine qui s'autoproclame champion de la mondialisation", ironise M. Harborn.

Surtout, 51% des entreprises sondées (contre 54% l'an dernier) estiment être traitées "défavorablement" par rapport à leurs concurrents locaux: 29% ont connaissance de subventions accordées dans leur secteur aux firmes chinoises et la moitié du panel dit n'avoir perçu aucun changement dans l'accès au marché local malgré les promesses d'ouverture du régime communiste.

Pire, 11% font état d'une "fermeture" accrue du géant asiatique dans leur secteur et seules 6% constatent une amélioration. Taxes, réglementations, obligations à s'associer en coentreprise avec une firme chinoise... autant d'obstacles qui ont privé 46% des sondés de certaines opportunités.

- Normes 'ambiguës' -

Enfin, un cinquième des entreprises européennes disent avoir été victimes de transferts de technologie forcés, une pratique dénoncée farouchement par Washington qui a ouvert une enquête sur le sujet, mais que Pékin affirme avoir abandonnée.

"La Chine veut devenir un leader de l'innovation, mais elle doit dépendre moins des transferts et gonfler ses propres dépenses en R&D pour espérer un développement durable", gronde la Chambre.

Dans ce contexte, "ce sont les petites et moyennes entreprises (PME) qui souffrent le plus: elles sont moins préparées à évoluer dans l'environnement complexe des affaires et dépourvues de ressources légales pour s'y adapter", insiste Mats Harborn.

En dépit du discours d'ouverture tous azimuts du président Xi Jinping, l'optimisme n'est guère de mise: près de la moitié des entreprises européennes croient que ces barrières vont s'intensifier dans les cinq prochaines années, et un quart pensent qu'elles n'assisteront jamais à une "ouverture significative" du marché.

Enfin, les Européens sont confrontés à une concurrence nettement aiguisée: 61% des sondés estiment que les entreprises chinoises dans leurs secteurs sont désormais "aussi ou plus innovatrices" que les firmes du Vieux continent, un bond de 15 points en l'espace d'un an.

Soutenues par le gouvernement, des capitaux abondants et une consommation intérieure robuste, "les entreprises chinoises deviennent étonnamment innovatrices, il est crucial que les Européens s'adaptent à cette nouvelle donne", prévient M. Harborn. "Nous ne craignons ni l'innovation, ni la concurrence", pourvu qu'elles se fassent en terrain équitable, plaide-t-il.

Selon la Chambre, les efforts de Pékin pour protéger la propriété intellectuelle --autre pomme de discorde majeure entre Pékin et ses partenaires commerciaux-- commencent à porter leurs fruits... en théorie.

Si l'essentiel des entreprises sont désormais satisfaites des lois et règlements sanctionnant les violations de la propriété intellectuelle, seulement un tiers jugent "excellente" ou "adéquate" l'application des textes juridiques.

De même, si la campagne antipollution du gouvernement est largement saluée, car susceptible de soumettre toutes les entreprises aux mêmes normes environnementales, son application s'avère "erratique, en raison de normes ambigües, rigides et peu claires", entraînant des fermetures "arbitraires" d'usines, regrette Mats Harborn.

Au final, la Chine n'est plus une destination "principale" des investissements que pour 18% des entreprises européennes, contre 23% auparavant.

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