Air France: les pilotes quittent la négociation, nouvelle grève vendredi

Les syndicats de pilotes ont claqué jeudi la porte des négociations avec Air France, à la veille d'une troisième journée de grève qui clouera au sol un quart des avions, nouvel épisode d'un conflit salarial à rebondissements.

Onze syndicats de tous métiers appellent à la grève et au rassemblement, vendredi matin devant le siège d'Air France à Roissy, pour exiger une augmentation générale de 6%.

Le groupe prévoit d'assurer "76%" des vols, un chiffre quasi-identique à celui annoncé les 22 février et 23 mars. Seront maintenus, dans le détail, 80% des vols long-courriers et autant de court-courriers, à Orly et en province, ainsi que 70% des moyen-courriers au départ et vers Roissy.

L'aéroport de Nice Côte-d'Azur prévoit l'annulation de la moitié des vols Air France (filiale Hop! comprise) au départ et à l'arrivée.

Les estimations de grévistes, livrées par la direction à partir des déclarations préalables (loi Diard), indiquent une participation en légère baisse : 31,6% des pilotes, 28,3% des hôtesses et stewards, 20,4% des personnels au sol.

Jeudi, la situation s'est crispée un peu plus après l'interruption des négociations entre la direction et les syndicats de pilotes, SNPL et Spaf.

Après "même pas 40 minutes" de discussion, "nous avons quitté la salle de négociations, la direction refusant ne serait-ce que d'écouter nos demandes", a indiqué à l'AFP Grégoire Aplincourt, président du Spaf.

Les syndicats veulent négocier salaires et conditions de travail, puis "discuter ensuite de l'avenir de la compagnie" (flotte d'avion, Transavia…), tandis que la direction veut discuter productivité avant redistribution, a-t-il résumé.

- Parts de marché -

Le directeur général d'Air France, Franck Terner, l'a confirmé, jeudi dans un entretien au journal Le Parisien.

"Pour distribuer de la richesse, il faut d'abord l'avoir créée", a-t-il dit, en insistant sur les investissements de 1,3 et 1,7 milliard d'euros prévus en 2018 et 2019 pour "ne pas perdre des parts de marché".

Air France "joue dans un marché mondial, elle doit avoir les moyens d'investir pour renouveler sa flotte", a insisté sur Europe 1 la ministre des Transports, Élisabeth Borne.

Elle a aussi exhorté les syndicats "à ne pas casser (la) dynamique" de croissance d'Air France, une référence aux "26 millions d'euros" de perte estimée par la direction pour la grève du 22 février.

Les négociations salariales pour 2018 ont donné lieu à de multiples rebondissements.

Des syndicats majoritaires ont bloqué l'accord signé par la CFE-CGC et la CFDT, mais la direction a décidé de l'appliquer unilatéralement.

Il prévoit une augmentation générale -- la première depuis 2011 -- de 0,6% au 1er avril et 0,4% au 1er octobre, ainsi qu'une enveloppe d'augmentations individuelles (primes, promotions, ancienneté...) de 1,4% dédiée aux personnels au sol.

Avec les 130 millions d'euros d'intéressement, "on arrive à 200 millions d'euros" redistribués, alors que le groupe Air France a enregistré en 2017 un bénéfice d'exploitation de 590 millions d'euros, a rappelé Franck Terner dans les colonnes du Parisien.

Les revendications des syndicats ne sont pas en ligne avec les résultats du groupe, selon lui.

Les 6% d'augmentation générale représentent "240 millions d'euros supplémentaires", auxquels il faudra ajouter "plusieurs dizaines de millions d'euros" pour satisfaire les demandes spécifiques des pilotes, a-t-il calculé.

Mais pour les syndicats, la politique salariale d'Air France n'est pas à la hauteur des "sacrifices" consentis lors des précédents plans stratégiques.

"Nous avons participé au redressement de cette entreprise, nous devons être récompensés de nos efforts", a résumé l'Unac, représentatif chez les PNC, jeudi sur son site internet.

Deux autres journées de grève sont d'ores et déjà programmées la semaine prochaine.

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