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Contre le remboursement de l'homéopathie, des médecins fans de science et de Twitter

Contre le remboursement de l'homéopathie, des médecins fans de science et de Twitter
Créé par un groupe de médecins très actifs sur Twitter, le collectif Fakemed est à l'origine du débat sur le déremboursement, au nom de "la lutte pour la science"FRED TANNEAU
Medicaments, pharmacie, Internet

Si l'homéopathie finit par ne plus être remboursée, le collectif Fakemed y sera pour beaucoup : créé par un groupe de médecins très actifs sur Twitter, il est à l'origine du débat sur le déremboursement, au nom de "la lutte pour la science".

En mars 2018, 124 professionnels de santé publient dans Le Figaro une tribune véhémente contre l'homéopathie et d'autres "médecines alternatives". Quinze mois plus tard, le débat a enflé au point d'aboutir vendredi à un avis de la Haute autorité de santé (HAS) prônant le déremboursement de l'homéopathie.

Pourtant, "quand on publie la tribune, je me dis qu'une info chasse l'autre et que deux jours après on n'en parlera plus", se rappelle Jérémy Descoux, président de Fakemed, dans un entretien à l'AFP.

Ce collectif a été monté par les signataires de la tribune quelques mois après sa parution. Objectif : lutter contre la "désinformation médicale" et les "pseudo-sciences". D'où le terme de "fake médecine" (fausse médecine), forgé sur le modèle de "fake news" (fausses informations).

"L'homéopathie est la partie émergée de l'iceberg : il y a aussi les compléments alimentaires nuls, l'acupuncture ou tout un tas de dérives sectaires", explique le Dr Descoux.

"Le collectif est hétéroclite, il y a des généralistes, des spécialistes, des médecins hospitaliers, des libéraux, des pharmaciens", ajoute ce cardiologue de 32 ans basé dans les Pyrénées-Orientales.

Selon lui, "deux choses rassemblent" les créateurs du collectif : "Ce sont des médecins actifs dans la sphère internet et impliqués dans la lutte pro-sciences".

Au départ, l'idée de la tribune germe au sein "d'un groupe de médecins qui échangeaient beaucoup sur Twitter", se souvient le Dr Descoux. Lui-même fait de la vulgarisation médicale en ligne sous le nom d'Asclepios, le dieu grec de la médecine (15.000 abonnés sur Twitter, 80.000 sur YouTube).

Autre membre du collectif qui figurait parmi les premiers signataires de la tribune, Jean-Jacques Fraslin compte près de 10.000 abonnés sur Twitter.

"Ce type d'usage des réseaux sociaux est assez nouveau : mettre en relation une communauté de médecins, de pharmaciens ou de scientifiques" par le biais de comptes très suivis, explique à l'AFP ce généraliste de 59 ans qui exerce près de Nantes.

- Clash et Haribo -

"C'est grâce à ça qu'on a pu créer une dynamique puis entrer en relation avec d'autres gens à l'étranger, afin de mutualiser la lutte contre les pseudo-sciences", ajoute-t-il.

Leur maîtrise de Twitter leur sert aussi dans les clashs dont ce réseau social est friand.

Début avril, les pro-homéopathie, labos et praticiens, lancent la campagne "Mon Homéo mon choix" pour défendre le remboursement.

Peu après, un membre de Fakemed, l'urgentiste Mathias Wargon (par ailleurs mari de la secrétaire d'Etat Emmanuelle Wargon), crée sur Twitter le mot-clé #MonHariboMonChoix, pour tourner les homéopathes en dérision.

Ce mot-clé est très largement repris par les anti-homéopathie : ils ironisent ainsi sur le fait que les bonbons pourraient eux aussi être remboursés bien qu'ils ne soignent rien, puisque les consommateurs les apprécient.

L'affrontement entre homéopathes et Fakemed a cependant dépassé le cadre virtuel. Quelque 70 signataires de la tribune ont été poursuivis pour "non-confraternité" devant l'Ordre des médecins par le Syndicat des homéopathes (SNMHF).

Cela a pour l'instant donné lieu à quelques avertissements et une relaxe.

"Ces plaintes ont motivé beaucoup de médecins et de scientifiques à nous soutenir", juge le Dr Fraslin, lui-même poursuivi.

"Le SNMHF ne pouvait rester indifférent, on nous traitait de charlatans", s'était justifié mi-juin le président du syndicat, Charles Bentz.

Un autre homéopathe, Antoine Demonceaux, avait dénoncé "des attaques incessantes sur les réseaux sociaux", avec "un niveau effarant d'agressivité et de haine".

Le Dr Descoux, lui, voit dans Fakemed "un contre-pouvoir face au règne médiatique des pseudo-sciences". L'enjeu selon lui ? Combattre "une propagande intense qui vise à décrédibiliser les autorités scientifiques" et s'exprime par exemple dans le discours anti-vaccins.

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