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Dans une agence Thomas Cook à Paris, clients et salariés tremblent

Dans une agence Thomas Cook à Paris, clients et salariés tremblent
Agence Thomas Cook sur l'avenue de l'Opéra à Paris, le 23 septembre 2019 -

"On se sent floués": inquiets, touristes et salariés de la filiale française de Thomas Cook ont commencé à se faire connaître lundi dans une agence parisienne du voyagiste, après la mise en faillite de la maison-mère dans la nuit au Royaume-Uni.

Une semaine fin septembre en Italie pour 499 euros ou en Turquie pour 519 euros, le Sri Lanka mi-novembre pour 1.489 euros ou Cuba pour 1.589 euros: la boutique affichait encore les destinations de rêve proposées par Thomas Cook, avant d'être précipitamment retirées dix minutes après l'ouverture par l'un des employés.

"C'est fini en Angleterre, on attend de voir comment on va être mangé en France", réagit Vanessa. Cette salariée de la filiale Jet Tours est venue prendre des nouvelles de ses collègues et s'informer, en dépit du ton rassurant de Thomas Cook France. "Aujourd'hui, on ne va pas vendre, on attend de savoir ce qu'il va se passer".

Quelques instant plus tôt, Nicolas s'est présenté pour savoir ce qu'il advenait de son voyage début janvier en Guadeloupe. Il a déjà versé 1.600 euros d'acompte, sur une facture totale de 5.000 euros.

"Visiblement Jet Tours arrête aussi complètement les ventes", raconte-t-il à la sortie. "L'agence d'Opéra est franchisée donc elle a moins de comptes à rendre à la maison-mère et elle va me basculer vers Exotismes, un autre tour-opérateur. Je m'en sors pas trop mal car si c'était un vol sec, j'en étais pour mes frais".

- Quid du remboursement? -

L'échange n'a pas excédé trois minutes: "Ça vient de tomber, on ne peut rien vous dire", répondent à l'intérieur les deux agents de voyage, pris de court, aux personnes venues se renseigner.

"La direction a appelé: on a pour consigne de ne pas répondre", fait savoir à l'AFP et aux clients sur place le gérant qui vient d'arriver.

A l'intérieur, les deux téléphones sonnent en continu.

"La tendance était plutôt à l'optimisme depuis le rachat par des Chinois (le conglomérat Fosun en juillet, ndlr). On croyait qu'on aurait les fonds. Depuis une dizaine de jours, ça allait de mal en pis jusqu'au coup de grâce cette nuit. On se sent floués", enrage maintenant Vanessa.

De passage, Christine s'inquiète elle pour son voyage à Cuba en décembre pour lequel elle a déjà versé 3.000 euros. Les voyagistes la renvoient vers l'agence d'Amiens qui lui a vendu le circuit.

Nicolas, lui, ne décolère pas. "Je suis venu les voir il y a une dizaine de jours et ils devaient bien se douter de ce qui se tramait", maugrée-t-il. "Ils n'ont pas respecté leur devoir de conseil. Pourtant, quand on va chez eux, c'est pour ça. Sinon, tout le monde achète en ligne maintenant".

Dans l'intervalle, Thomas Cook France a annoncé la mise en place d'un numéro d'urgence à l'attention de ses 10.890 clients actuellement en vacances, et appelé ceux qui devaient commencer les leurs à ne pas partir.

"C'est une mesure de précaution pour éviter d'être mis à la porte par l'hôtelier ou ne pas pouvoir prendre le vol retour", précise à l'AFP un porte-parole de Thomas Cook France.

Les remboursements ne pourront toutefois pas intervenir avant que la filiale française ne soit déclarée en "cessation de paiements". Ce qui, au maximum, est une histoire "de jours", précise une source proche du dossier.

Echaudé par un précédent fâcheux, Nicolas n'est lui pas très confiant.

"En 2010, je devais faire un circuit en Russie avec (le voyagiste) Marsans qui avait aussi fait faillite juste avant", se souvient-il. "Là aussi j'avais payé un acompte en toute confiance. Mais l'assureur APST m'avait répondu avec un argumentaire juridique fallacieux pour ne pas me rembourser. C'est finalement mon assureur multirisque habitation (...) qui m'avait remboursé alors que rien ne l'y obligeait".

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