Des gratte-ciels aux ventes de slips, des indices économiques saugrenus

Achats de rouge à lèvre, production d'ordures ou taille des gratte-ciels: à côté du traditionnel "climat des affaires" prospèrent une série d'indicateurs "non conventionnels", utilisés de façon plus ou moins sérieuse pour prendre le pouls de l'économie. Florilège.

Naissances

Le nombre de naissances peut être utilisé pour deviner les récessions à venir: voilà la thèse développée par trois économistes américains, Daniel Hungerman, Kasey Buckles et Steven Lugauer, dans un article publié fin février par le National bureau of economic research. Selon eux, les dernières crises économiques (1991, 2001 et 2007) ont à chaque fois été précédées plusieurs mois avant par une baisse du nombre de grossesses. Une corrélation qui s'explique par l'existence de signaux avant-coureurs des crises à venir, peu visibles mais suffisamment présents pour convaincre certains couples de renoncer à court terme à avoir un enfant.

Gratte-ciel

C'est sans doute l'un des indicateurs non conventionnels les plus connus: l'indice "gratte-ciel", élaboré par l'Américain Andrew Lawrence en 1999, assure qu'il existe un lien entre la construction de tours démesurées et l'éclatement de bulles financières. En 1998, l'inauguration des Petronas Towers (Kuala Lumpur) a ainsi précédé de peu la crise asiatique. En 1973, l'ouverture du World Trade Center a devancé la crise pétrolière. Et en 1929, les travaux de l'Empire State Building ont coïncidé avec la "grande crise". En cause, selon Lawrence: la facilité d'accès au crédit, qui nourrit en fin de cycle des projets pharaoniques.

Cartons ondulés

Souvent présentées comme un "indicateur avancé de conjoncture", les ventes de cartons ondulés, utilisés pour protéger les marchandises, donnent selon certains observateurs une bonne idée de l'activité en cours et à venir: si des cartons sont achetés, c'est que l'industrie emballe, et si l'industrie emballe, c'est que les commandes sont élevées et vont soutenir la croissance.

Mini-jupes

Le lien entre la taille des jupes et la Bourse a été mis en évidence par George Taylor en 1926. D'après cet économiste américain, les robes ont tendance à raccourcir en période de prospérité et à se rallonger lorsque les marchés se préparent à plonger. Cette thèse, dite du "hemline index" (indice de l'ourlet), a connu son heure du gloire pendant la crise de 1929 et s'est vérifiée à plusieurs reprises au XXe siècle. Mais elle peine à s'imposer, faute d'explication convaincante sur la corrélation qu'elle met en évidence.

Ordures

Baromètre de l'activité en cours à défaut d'être un outil de prédiction, le volume des déchets transportés permet d'évaluer de façon relativement fine la croissance du produit intérieur brut (PIB) à un moment donné. Une corrélation logique, la production d'ordures variant avec la consommation, elle-même élément-clé de la croissance.

Slips masculins

Popularisé par l'ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine (Fed) Alan Greenspan, qui disait anticiper la conjoncture en surveillant les ventes de slips, l'"indice des sous-vêtements masculins" s'est taillé au fil des ans un petit succès dans les milieux économiques -- où l'on en parle sur le ton de la boutade, mais pas seulement. Le postulat est le suivant: les hommes ont tendance à s'offrir de nombreux sous-vêtements lorsqu'ils sentent que leur situation économique s'améliore, mais à limiter leurs achats lorsqu'une crise se profile, considérant cette dépense comme superflue -- à la différence des femmes, apparemment.

Moteurs de recherche

Dans une étude publiée en 2012, des chercheurs de la Fed ont montré que les requêtes sur internet permettaient de prévoir "les mouvements de prix" de certains marchés -- les mouvements boursiers étant souvent précédés de recherches sur Google et consorts. Un phénomène qui, s'il venait à être mieux étudié, permettrait d'"améliorer les prévisions" et de rendre "moins trouble" la "boule de cristal" des économistes, soulignaient alors les chercheurs.

Rouge à lèvres

Mis au point par l'ancien président du groupe de cosmétique Estée Lauder, Leonard Lauder, le "lipstick index" fait l'hypothèse d'une corrélation entre les ventes de rouge à lèvres et l'activité économique: en temps de récession, les femmes délaissent les objets de luxe chers comme les sacs à main pour se rabattre sur ce produit, d'un coût plus raisonnable. Une théorie basée sur le cas de la crise de 1929, mais qui n'a pas résisté à l'histoire des cycles économiques.

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