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Devant un gymnase de Gênes, les autres victimes du pont maudit

Italie

Sous un porche éclairé par des néons blafards, une poignée d'évacués patientent sur des bancs de métal jaunes et bleus cabossés. Situés près du pont qui s'est effondré mardi à Gênes, leurs logements sont condamnés.

"Je n'ai pas envie d'en parler", lâche un homme d'une voix éteinte, le regard souligné par de lourdes cernes.

"Ma fille de quatre ans et ma femme sont à l'intérieur. Ma fille ne va pas bien, elle ne fait que pleurer", confie quelques bancs plus loin Majid Alaoui, 35 ans, ouvrier sur les chantiers navals à Gênes.

A l'intérieur du gymnase du Centro civico Buranello, où les journalistes ne sont pas admis, trois psychologues prennent en charge des personnes encore sous le choc.

"Une personne était en voiture sur le pont quand il s'est écroulé. Elle est sortie de sa voiture et s'est enfuie en courant. Elle a vu le pont s'écrouler sous ses yeux", explique Maria Tini, conseillère municipale Mouvement cinq étoiles (M5S).

La première nuit, une centaine de personnes ont trouvé refuge ici, des habitants évacués de leur logement du quartier Sampierdarena, en contrebas du viaduc Morandi, et des automobilistes qui se trouvaient sur le pont au moment du drame.

Ces derniers, qui ont dû abandonner leur véhicule sur le viaduc et partir en courant se réfugier sous un tunnel voisin, sont depuis repartis.

- "Il y a pire que nous" -

Les plus de 600 résidents évacués du quartier Sampierdarena ont pour beaucoup trouvé un hébergement chez des proches. D'autres ont été relogés dans des hôtels ou chez des particuliers ayant mis à disposition des appartements vacants à disposition.

"Ce matin, plusieurs personnes sont venues de leur propre initiative proposer de loger gratuitement des personnes évacuées", explique Michele Colnaghi, autre conseiller municipal M5S.

Un hôtel de l'est de la ville a aussi mis des chambres à disposition gratuitement, explique Paola Bordilli, adjointe au maire.

A intervalle irrégulier, des hommes et femmes entrent dans le bâtiment pour s'inscrire sur un registre afin de bénéficier d'un hébergement d'urgence.

Caméras et micros se tendent vers eux, mais peu veulent témoigner, visiblement éprouvés.

La famille Alaoui vivait dans un appartement situé sous le pont Morandi, rue Enrico Porro. "On nous a envoyés à l'hôtel en nous disant qu'on pourrait rentrer chez nous dans une semaine, puis on nous a dit qu'on y resterait jusqu’en novembre", confie Majid Alaoui.

Sa femme, sa fille et lui vivent désormais à trois dans une chambre. Sans le nécessaire pour faire la cuisine et avec seulement quelques affaires de rechange... et la quasi certitude de ne jamais pouvoir rentrer chez eux.

Mercredi, les responsables locaux et nationaux ont été clairs: ce qui reste du pont Morandi devra être démoli et là-même les immeubles situés en-dessous.

Le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, s'est cependant engagé à ce que tout le monde soit relogé avant la fin de l'année. Mais cela reste un horizon lointain.

"Je dois reprendre le travail mardi mais je ne vais pas y aller. Je ne veux pas laisser ma femme et ma fille seules dans cet état-là", lâche M. Alaoui.

"Mais il y a pire que nous", corrige aussitôt le trentenaire originaire du Maroc. Parmi leurs voisins de chambre à l'hôtel figure la famille d'un homme précipité dans le vide mardi dans la chute du pont.

"Ils sont venus à Gênes pour les funérailles", prévues samedi, dit-il en triturant une petite bouteille en plastique.

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