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En Afrique du Sud, des mineurs illégaux sortent de l'ombre

Afrique du Sud

Malgré ses 77 ans, Clara Maitse travaille toujours comme un forçat à Kimberley, la capitale sud-africaine du diamant. Dès l'aube, elle y pioche sans relâche la terre rocailleuse et la tamise avec l'espoir d'en extraire une pierre précieuse.

Totalement illégale, son activité l'a déjà conduite sept fois au poste de police, en l'espace de dix ans. Mais l'obstination de la grand-mère a fini par payer. Avec quelque 800 camarades mineurs, elle vient enfin, pour son plus grand bonheur, d'être légalisée.

"Maintenant nous n'avons plus peur", se réjouit Clara Maitse, "vraiment soulagée".

Cette ancienne employée de maison, qui s'est improvisée mineure pour élever neuf de ses petits-enfants, peut désormais travailler sans être inquiétée.

Fin avril, son groupe a obtenu un permis pour opérer en toute régularité sur un terrain de 500 hectares appartenant à Kimberley Ekapa Mining, une joint-venture entre les entreprises Petra Diamonds et Ekapa Mining. Une première dans le secteur diamantifère en Afrique du Sud.

Les autorités ont franchi le pas de la légalisation pour freiner l'exploitation illégale des ressources minières, un problème croissant dans un pays qui tire 5% de ses revenus de ce secteur.

A 36 ans, Obakeng Monyera travaille dans la région de Kimberley depuis 2007.

Spontanément, il dévoile la douzaine de cicatrices qui grêlent son corps. Des blessures infligées par les balles en plastique tirées par la police lors d'opérations d'expulsion, dit-il.

"On a été traités comme des terroristes. Je ne me rappelle même pas combien de fois on a été arrêtés, mordus par les chiens, chassés par les hélicoptères, avec des chevaux, des motos, juste pour nous casser le moral."

- 'On est libres' -

"Le combat fut long et dur, mais on est maintenant des millionnaires en devenir", se met à rêver Obakeng, en remplissant sa brouette de pierres.

Entre 8.000 et 30.000 mineurs illégaux ou "zama zamas" ("ceux qui tentent leur chance" en zoulou) opèrent en Afrique du Sud, selon la Commission sud-africaine des droits de l'homme.

En lutte permanente pour leur survie, ces hommes et femmes sont prêts à prendre des risques énormes, en creusant parfois dans des tunnels et puits désaffectés.

Sur le plan économique, ces opérations illégales représentent un important manque à gagner, estimé entre 5 et 10% de la production annuelle du pays, selon la Chambre des mines.

"Le moyen le plus efficace de combattre les extractions minières illégales est de les légaliser", explique à l'AFP le ministre adjoint des Mines, Godfrey Oliphant. "Ca résout tous les problèmes. Les mineurs commencent à respecter la loi, ils paient des impôts".

Equipés d'outils rudimentaires, Clara, Obakeng et leurs compagnons de labeur quittent à l'aube leur domicile, des abris de fortune faits de plastique, de cartons et de tôles ou de petites maisons en dur pour les plus chanceux.

Avec piolets et pelles, ils attaquent, en plein air, le gravier qu'ils passent ensuite au peigne fin dans des tamis à la recherche de l'improbable pierre qui changera leur destin.

Elisa Louw, 47 ans, une mère de cinq enfants, a rejoint les "zama zamas" en 2013 après son divorce.

- 'Changement' -

Pendant douze mois, elle a travaillé sans trouver le moindre diamant, jusqu'à Noël l'an dernier. Son cadeau ce jour-là fut de trouver une petite pierre qu'elle a vendue 1.200 rands (80 euros).

"Le temps du changement est arrivé", se réjouit aujourd'hui Elisa, "nous avons maintenant un permis, on est libres".

Elle retient tant bien que mal ses larmes en racontant cette "joie, cette fierté de se réveiller le matin en se disant +Je ne suis plus une mineure illégale+".

"Quand on leur a donné leur permis, on pouvait voir leurs yeux briller", confirme le vice-ministre.

"Pouvoir opérer dans les limites de la loi devrait largement restaurer leur dignité, leur permettre de se considérer comme des citoyens à part entière et non plus comme des citoyens de seconde zone", estime Gert Kloppers, un porte-parole de l'entreprise Petra Diamonds.

"Il était grand temps" de les légaliser, ajoute-t-il. "Pour nous, l'exploitation minière industrielle et l'exploitation minière artisanale peuvent parfaitement coexister".

Dans le seul bassin de Kimberley, les revenus des pierres vendues par les mineurs informels peuvent atteindre jusqu'à 20 millions de rands par mois. En vertu de l'accord passé avec les autorités, ils pourront garder leur pactole, sans avoir le moindre compte à rendre aux propriétaires de la mine qui les hébergent.

"C'est une étape importante", se félicite Sifiso Dladla, de l'ONG Action Aid, "et nous espérons que ce sera aussi un tournant pour tous les autres +zama zamas+".

Selon l'Organisation internationale du travail (OIT), les mineurs illégaux comme Clara et Obakeng assurent jusqu'à 20% de la production mondiale de diamants.

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