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En Alsace, la sécheresse fatigue les vaches et grille le maïs

Cela fera bientôt deux mois qu'il n'a pas plu sur la ferme de Lionel Schnepp à Mitschdorf, dans le Bas-Rhin. Soucieux, le jeune agriculteur alsacien observe la sécheresse fatiguer ses bêtes et roussir l'herbe de ses prés et les feuilles de son maïs.

Aucune envie de s'allonger pour ruminer. Les 85 vaches laitières sont debout, presque statiques, le souffle rapide dans l'étable où la température dépasse les 30 degrés. Mais elles sont protégées du soleil brûlant qui, en ce début d'après-midi, grille prairies et champs.

"Elles souffrent énormément, elles ont du mal à respirer, elles mangent moins, elles ne bougent plus. Comme nous", explique Lionel Schnepp, 27 ans, qui a repris l'exploitation agricole de ses parents avec son frère il y a cinq ans.

La ferme des Deux Moulins, qui compte 200 vaches, génisses et veaux et 140 hectares de champs de maïs, blé, orge et de prairies, a été choisie par la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin pour évoquer les difficultés de certains agriculteurs face à des périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes.

Dans le Bas-Rhin, "la situation est très hétérogène, il y a des endroits où l'irrigation est possible (environ 25% du département, NDLR) donc là, il n'y aura pas de souci et il y a des secteurs qui ont eu des orages localisés. Par contre, dans les zones qui n'ont pas eu d'eau du tout, c'est vraiment catastrophique. On additionne le manque d'eau et la chaleur, tout grille sur place", explique Franck Sander, président de la FDSEA du département.

Sur le secteur de Mitschdorf, il n'y a pas eu de précipitation depuis le 12 juin et les températures maximales en journée dépassent de 7 degrés la moyenne des six dernières années.

- Pas de bon maïs, pas de bon lait -

Autour de l'exploitation de la famille Schnepp, les prairies ressemblent plutôt à une étendue de terre friable et fissurée, l'herbe jaunie craquant sous les pieds. Les vaches n'y vont que la nuit pour dormir sous la légère fraîcheur nocturne, mais il n'y a plus rien à manger.

A côté, le jaune est aussi la couleur de la plupart des feuilles du maïs, dont les épis manquent de sève.

"Le maïs est très sec, petit, avec peu d'épis et à valeur fourragère très médiocre donc il n'y aura pas de lait, donc toute l'année 2019 sera difficile", craint d'ores et déjà Lionel Schnepp, qui n'arrive pas à se verser le salaire minimum.

"Pas de bon maïs ne fera pas de bon lait, donc un prix du lait encore inférieur", déplore l'agriculteur pendant que sa femme, qui aide sur l'exploitation et a un emploi par ailleurs, amène les vaches à la salle de traite.

Il est trop tard pour espérer d'éventuelles pluies: lundi l'ensileuse sera prête pour la récolte, presque un mois plus tôt que d'habitude.

Tout le maïs récolté devra être gardé pour nourrir les bêtes et rien ne pourra être vendu en grains, ce qui va représenter une perte de chiffre d'affaires d'au moins 16.000 euros.

Au total, l'exploitation des Deux Moulins risque une baisse de 25% à 30% sur la production de ses champs et prairies et de 10% à 15% de sa production laitière.

Devant les responsables administratifs et agricoles et les élus venus constater la situation de son exploitation, Lionel Schnepp espère du soutien pour passer cette nouvelle mauvaise année. "On ne s'en sort pas", regrette le jeune exploitant.

Inspecteur technique chez l'assureur Groupama, Mathieu Freysz, indique que, dans le Bas-Rhin, une centaine de déclarations de sinistres ont déjà été faites par des agriculteurs. "D'ici à la fin de la semaine, on devrait être à 200", anticipe-t-il.

Maigre avantage de la sécheresse: "le foin est de très bonne qualité", dit en souriant Lionel Schnepp. "Nous avons pu le rentrer sec, ça c'est sûr."

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