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En "grève du zèle", les douaniers rejettent le geste de Bercy

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File d'attente de poids lourds à Calais pendant une grève du zèle des douaniers, le 4 mars 2019Philippe HUGUEN

Le coup de pouce de 14 millions d'euros promis par Gérald Darmanin ne les a pas convaincus: les douaniers ont rejeté mercredi la proposition faite par le ministre des Comptes publics pour mettre fin à une "grève du zèle" attisée par la perspective du Brexit.

Depuis dix jours, les agents des douanes ont renforcé les contrôles aux frontières, entraînant des temps d'attente importants afin de protester contre leurs conditions de travail.

Réunis mardi à Bercy par le ministre, les syndicats en sont ressortis avec la promesse d'une enveloppe budgétaire élargie.

Mais après consultation des agents par différents canaux, l'intersyndicale a apporté une réponse cinglante aux propositions du gouvernement.

Les réponses de Bercy ne sont "pas suffisantes par rapport aux demandes des agents", a déclaré à l'AFP Jean-Marc Jame, secrétaire national de la CFDT-Douanes, 1er syndicat dans cette administration.

Parmi les revendications les plus partagées parmi les quelque 17.000 douaniers figurent l'augmentation de l'allocation complémentaire qui leur est versée, mais aussi une hausse des effectifs et l'octroi de moyens supplémentaires pour faire face à l'incertitude du Brexit.

"Nous poursuivons le dialogue et nous nous donnons un peu plus de temps pour écouter les besoins des agents" avant de revenir "avec de nouvelles propositions", a fait savoir le directeur général des douanes et droits indirects, Rodolphe Gintz, contacté par l'AFP. L'intersyndicale sera reçue par la direction jeudi après-midi.

Pour Vincent Thomazo, secrétaire général d'Unsa-Douanes, c'est le montant de l'enveloppe proposée qui "a bloqué: 14 millions, quand on divise par le nombre d'agents, il ne reste pas beaucoup".

Autre sujet important pour ce syndicat, la question de l'indemnisation des heures de nuit, qui n'a pas été mise sur la table: "C'est un sujet bloquant comme tous les sujets sur la pénibilité".

Même son de cloche chez Solidaires. Les agents "ont considéré les propositions comme très en-deçà" des attentes, "notamment sur le pouvoir d'achat", a affirmé Morvan Burel, cosecrétaire général de Solidaires-Douanes.

- 4 km de file d'attente de poids lourds à Calais -

Faisant cavalier seul, la CGC-Douanes a au contraire estimé dans un communiqué que les réponses apportées par Bercy sont "satisfaisantes dans la mesure où il s'agit d'améliorations indemnitaires pérennes".

Le mouvement des douaniers provoquait toujours en début de soirée l'augmentation du temps d'attente des véhicules à destination de l'Angleterre, avec environ 4 km de file de poids lourds stationnés sur l'A16 en direction de l'Eurotunnel selon la préfecture du Pas-de-Calais.

Pour Jean-Marc Jame de la CFDT, les agents n'ont fait "qu'une stricte application des textes" par l'intensification des contrôles. Le mot d'ordre donné par le syndicat: "ne pas être offensif".

Pascaline Boubet, secrétaire régionale de l'Unsa-Douanes, a rencontré mercredi matin les agents de Calais (Pas-de-Calais) et Dunkerque (Nord).

"La décision leur appartenait. Ils nous ont dit que c'était clairement insuffisant par rapport au niveau des effectifs, et que l'effort financier est clairement insuffisant par rapport à la reconnaissance de la pénibilité, notamment sur les heures de nuit", a-t-elle indiqué à l'AFP.

"Ça fait des années qu'on leur demande toujours plus, sur le front antiterroriste, maintenant le front du Brexit, du dédouanement, et ils (les pouvoirs publics, ndlr) ne donnent rien en retour", a-t-elle ajouté.

Le mouvement des douaniers sur le littoral, qui entraîne des perturbations aux ports et au tunnel, va donc continuer, prédit-elle: "Ils continuent à faire leur travail de façon très consciencieuse".

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