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En pleines négociations avec le FMI, l'Argentine change de gouverneur de la Banque centrale

L'Argentine a changé mardi de gouverneur de la Banque centrale à la surprise générale, un signal en direction du Fonds monétaire international (FMI), avec qui le gouvernement négocie le renforcement d'un plan de sortie de crise.

Aucun transport en commun, administrations fermées, avenues de Buenos Aires anormalement calmes: mardi, le pays sud-américain était paralysé par une grève générale très suivie. La plupart des commerces avaient baissé leur rideau et tous les vols étaient annulés dans les aéroports, faute de contrôleurs aériens.

Alors que les marchés avaient les yeux tournés vers les États-Unis, où le président argentin a mis en avant ses excellentes relations avec le FMI, le gouverneur de la Banque centrale de la République d'Argentine (BCRA), Luis Caputo, a démissionné après seulement trois mois à son poste, "pour des raisons personnelles" selon le communiqué officiel de l'institution.

Le FMI n'est pas étranger au départ de M. Caputo, relève l'économiste en chef de l'Institut Management and Fit, Matias Carugati. "Je ne sais pas si le FMI a demandé son départ ou si Caputo a préféré démissionner plutôt que de travailler sur une ligne contraire à celle qu'il préconise, dit l'économiste. Mais son départ est lié au nouvel accord avec le FMI".

Après le déblocage par le FMI d'un prêt de 50 milliards de dollars en juin et le versement immédiat d'une première tranche de 15 milliards, Buenos Aires demande un nouvel accord et l'accélération des versements pour faire face à la crise monétaire.

- "Caputo sacrifié" -

Pour Matias Carugati, changer deux fois en trois mois de gouverneur de la Banque centrale est "une erreur de timing, au milieu d'un contexte très incertain".

La réaction sur le marché des changes à Buenos Aires a été négative, le peso a perdu 2,2%.

Proche du président de centre-droit Mauricio Macri, Luis Caputo avait été nommé en juin gouverneur de la Banque centrale. Mais les tensions avec le FMI et le ministre de l’Économie, Nicolas Dujovne, ont eu raison de M. Caputo.

"Macri le sacrifie à New York à l'autel du FMI car il a commis le péché d'intervenir sur le marché des changes sans autorisation. Désormais, les fonctionnaires sont obéissants à un FMI, qui a un contrôle total de la politique économique", assure Alejandro Vanoli, gouverneur de la BCRA pendant le mandat de l'ex-présidente de gauche Cristina Kirchner.

Le nouveau gouverneur de la Banque centrale, Guido Sandleris, jusqu'ici vice-ministre de l’Économie, est un proche de Nicolas Dujovne que le FMI connaît bien: c'est lui qui a mené les négociations techniques qui ont abouti à l'accord avec le FMI en juin.

- Accord proche -

"Sandleris est quelqu'un qui a une bonne relation avec le FMI. Son arrivée à la BCRA devrait donner lieu à une politique monétaire plus proche de ce que veut le FMI", fait remarquer Matias Carugati.

"Nous espérons poursuivre notre relation étroite et constructive avec la BCRA sous la direction de Guido Sandleris", a déclaré le porte-parole du FMI Gerry Rice. D'après lui, les pourparlers Argentine-FMI devraient se conclure "dans très peu de temps".

Dans la rue, les manifestants dénoncent justement l'alignement de l'Argentine sur les politiques du FMI.

"Nous sommes mobilisés car nous sommes contre la politique d'austérité du gouvernement et le FMI. Cela affecte nos salaires, et notre qualité de vie", se plaint Gabriela Vera, une enseignante participant au blocage d'un accès routier à Buenos Aires, dans le cadre de la grève générale.

"Nous voulons un espace de dialogue rassemblant chefs d'entreprise et le gouvernement pour discuter des problèmes de pauvreté, des licenciements, des retraites. Nous lançons un appel au Congrès pour qu'il ne vote pas le budget" qui compte des coupes budgétaires pour parvenir à l'équilibre budgétaire primaire en 2019, a dit le dirigeant du syndicat de fonctionnaires CTA Pablo Micheli.

L'économie argentine est en difficulté et le pouvoir d'achat des 41 millions d'Argentins a considérablement baissé. En 2018, l'inflation se situera au dessus de 40%, le recul du PIB atteindra 2,4%, le chômage est en hausse et le peso s'est déjà déprécié de 50% depuis le début de l'année.

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