Entreprises: le gouvernement écarte de nouvelles baisses d'impôts de production avant 2020

Entreprises: le gouvernement écarte de nouvelles baisses d'impôts de production avant 2020
Le Premier ministre français Edouard Philippe à Paris, le 25 mai 2018JACQUES DEMARTHON

Le Premier ministre français Edouard Philippe a écarté lundi de nouvelles baisses d'impôts de production pour les entreprises avant 2020, invoquant "un environnement contraint" au niveau budgétaire et la nécessité d'une concertation préalable avec les collectivités territoriales.

"Nous sommes dans un environnement contraint. Au fur et mesure que des marges de manoeuvre se dégageront, nous pourrons nous engager à réduire dans une certaine proportion la fiscalité de production", a déclaré le Premier ministre, disant toutefois ne pas croire que cela puisse être inclus dès la loi de finances de 2019.

L'autre contrainte, "c'est la discussion avec les collectivités territoriales sur les effets que pourraient avoir la diminution de la fiscalité de production sur leur situation", a souligné M. Philippe lors d'un point presse à Matignon, à l'issue d'une réunion du Conseil national de l'industrie.

Les impôts de production sont des taxes supportées par les entreprises indépendamment de la quantité ou de la valeur des biens et services qu'elles produisent ou vendent, par exemple sur le foncier. Ils sont globalement plus élevés en France que dans d'autres pays européens comme l'Allemagne ou l'Italie.

Une réduction dès l'an prochain des impôts sur la production est déjà prévue par la future loi Pacte pour la croissance des entreprises, notamment en supprimant le seuil des 20 salariés qui déclenche de nouvelles obligations sociales et fiscales pour les entreprises.

L'ensemble des mesures déjà prévues réduira les impôts de production "d'environ 1,5 milliard d'euros d'ici à la fin du quinquennat", a rappelé lundi M. Philippe.

En raison de ces efforts déjà consentis, les représentants industriels présents lundi à Matignon n'ont pas fait la fine bouche.

"Il y a une satisfaction globale (parmi les industriels, NDLR) que le sujet des impôts de production soit pris en compte au sommet de l'Etat", a déclaré Philippe Darmayan, président de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM) et d'ArcelorMittal France, interrogé par l'AFP.

"On comprend que ce n'est pas facile d'aller plus loin dans l'immédiat, et on est capable de gérer le temps", a-t-il estimé.

"Le Premier ministre a laissé la porte ouverte pour les années à venir" a également préféré retenir Bruno Grandjean, président de l'Alliance industrie du futur.

Sur le volet de la formation, Edouard Philippe a acté le déblocage de 670 millions d'euros pour permettre 148.700 entrées en formation dès cette année, en particulier dans des métiers où l'industrie peine à recruter: chaudronniers, usineurs, mécatroniciens ou encore électroniciens.

"On dit que 40% des recrutements industriels sont jugés difficiles en raison d'un manque de main-d'oeuvre. C'est une limite considérable au redémarrage économique français, à la compétitivité française, c'est aussi quelque chose de choquant compte tenu du niveau du chômage en France", a estimé M. Philippe. "C'est l'urgence", a-t-il insisté.

Ce financement s'inscrit dans le cadre du programme d'investissement dans les compétences (PIC), annoncé à l'automne dernier et doté de 15 milliards d'euros sur 5 ans.

"Quelques fois il suffit de quelques dizaines d'heures, 100 heures de formation et on a un emploi au bout", a déclaré à l'AFP la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, à sa sortie de Matignon.

"Dans l'industrie on cherche énormément de monde. Cela n'a pas été le cas durant ces quinze dernières années mais aujourd'hui c'est reparti", et cette pénurie actuelle de compétences ciblées "limite la croissance" de nombreuses petites et moyennes entreprises, a-t-elle rappelé.

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