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EPR de Flamanville: l'ASN avertit EDF sur les soudures

EPR de Flamanville: l'ASN avertit EDF sur les soudures
L'EPR de Flamanville, dans la Manche, le 02 février 2018CHARLY TRIBALLEAU

Le problème des soudures du futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville nécessite encore un "travail technique important", met en garde l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui demande à EDF de se préparer à des travaux complexes.

L'électricien avait annoncé en avril des défauts sur des soudures situées au niveau des tuyauteries du circuit secondaire principal, qui relient le générateur de vapeur et la turbine qui produit l'électricité.

EDF avait présenté aux autorités un programme de réparation mais estimait ne pas avoir à refaire certaines soudures.

L'ASN considère toutefois "que cette option nécessite la réalisation d'un programme conséquent d'essais visant à mieux caractériser les propriétés mécaniques des soudures", dans une note d'information publiée jeudi.

Cette proposition d'EDF de laisser en l'état certaines soudures doit faire l'objet d'une instruction de l'ASN et de son bras technique, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), un processus complexe qui prendra du temps.

"C'est une instruction qui nécessitera plusieurs mois et qui dépassera de toute évidence la fin de l'année 2018", souligne Julien Collet, directeur général adjoint de l'ASN, dans un entretien à l'AFP. "On attend un dossier complet d'EDF", a-t-il ajouté.

Mais le gendarme du nucléaire demande d'ores et déjà à EDF de plancher sur un plan B: "dans la mesure où il n'est pas certain que cette démarche aboutisse, l'ASN invite EDF à engager dès à présent les actions préalables à la réparation des soudures concernées".

Sont concernées au moins huit soudures situées au niveau de l'enceinte de confinement, c'est-à-dire le dispositif de protection destiné à contenir les produits radioactifs à l'intérieur d'un périmètre fermé pour éviter qu'ils ne s'échappent.

"Ce sont les soudures qui présentent le plus de difficultés d'accès" et "la réparation de ces soudures nécessite le déploiement de moyens particuliers", indique Julien Collet.

EDF a bien pris acte de ces demandes. "On va également instruire cette demande là", a assuré une porte-parole.

- "Zones d'ombres" -

L'Autorité relève en outre "une défaillance de la surveillance" d'EDF sur le chantier et lui demande d'étendre la revue de la qualité des matériels installés sur le réacteur.

"On considère que la cause profonde du problème, c'est aussi une insuffisance de la surveillance d'EDF sur ses prestataires", insiste Julien Collet. Il lui est donc demandé "d'identifier les zone d'ombres" dans sa supervision.

Enfin, l'ASN estime que la gestion d'EDF a été "défaillante" puisqu'un premier problème avait été détecté dès juillet 2015. "L'information a mal circulé au sein d'EDF", ce qui relève de "questions d'organisation interne", estime ainsi M. Collet.

L'ASN demande donc à EDF de fournir une "une analyse approfondie des dysfonctionnements" dans ce dossier et de s'expliquer sur son information tardive des autorités.

Dans un courrier à la direction d'EDF, le président de l'ASN Pierre-Franck Chevet, qui doit quitter ses fonctions en novembre, demande des explications "sous 4 mois".

En juillet, EDF avait indiqué que Flamanville aurait un an de retard supplémentaire et coûterait encore plus cher que prévu à la suite des problèmes de soudures.

Les dernières annonces de l'ASN "ne changent absolument rien au planning et aux coûts communiqués fin juillet", a assuré mercredi EDF.

Ce dernier prévoit désormais de démarrer l'EPR de Flamanville fin 2019, pour une mise en service commerciale en 2020, quand le calendrier initial tablait sur 2012.

Le projet, qui a accumulé les difficultés, aura ainsi huit ans de retard. Le coût s'est aussi alourdi cet été de 400 million d'euros supplémentaires à 10,9 milliards, soit plus de trois fois le budget initial.

Le premier EPR au monde a déjà démarré en Chine, à Taishan, alors que son chantier avait démarré après celui de Flamanville.

"En France, on a arrêté de construire des réacteurs du milieu des années 90 jusqu'au projet EPR et il s'en est suivi des pertes en termes de compétences, de culture de sûreté etc au niveau du tissu d'entreprises", rappelle Julien Collet. "C'est une difficulté de fond".

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