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Espace: le retour vers la Lune passe par une piscine de Marseille

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Une cage en acier dans l'eau, et un plongeur, Jean-François Clervoy, ancien spationaute de l'Agence spatiale européenne: Esprit, module européen de la future station orbitale lunaire internationale Gateway, subit ses premiers tests, vendredi, au fond d'une piscine de Marseille.

Hors de ce bassin de 2,5 m sur 7, pour 4 m de profondeur, une vingtaine de techniciens et ingénieurs sont aux aguets. Certains ont l'oeil rivé sur leurs ordinateurs, où s'affichent les images retransmises en direct par les multiples caméras. D'autres ont descendu les quelques marches qui mènent à un hublot permettant de voir sous la surface, comme dans un aquarium.

Cette piscine appartient à la Comex, pépite marseillaise spécialiste des travaux en milieux sous-marins. Et l'étrange structure déposée au fond de l'eau est une maquette grandeur nature d'Esprit, sur laquelle cette entreprise phocéenne travaille en partenariat avec la division espace d'Airbus.

Objectif du jour: "Faire des tests d'accessibilité et d'ergonomie de ce module, et tester la position des caméras qui permettront de suivre en direct depuis la Terre les manoeuvres qui se dérouleront dans cet espace", explique à l'AFP Philippe Schoonejans, chef de la robotique et des futurs projets à l'Agence spatiale européenne (ESA), l'un des principaux partenaires de Gateway, futur "camp de base" pour des expéditions vers la Lune et pourquoi pas sur Mars.

"En piscine, nous pouvons presque répliquer l'absence de pesanteur que nous avons dans l'espace, d'où l'intérêt de ces tests", explique Peter Weiss, chef du département Espace de la Comex.

Pour Esprit, le départ vers l'orbite lunaire, à bord du vaisseau américain Orion, n'est prévu qu'en 2023, un an après l'arrivée du premier module de Gateway, le PPE (Power Propulsion Element), futur moteur de cette station orbitale lunaire qui sera conçu par la Nasa. Puis ce sera au tour du module d'habitation international.

- Opération Lune, un demi-siècle après -

Esprit sera une des "briques" essentielles de Gateway. C'est dans cette sphère de 4 m de diamètre que seront stockés le xénon et l'hydrazine, les carburants du PPE. C'est là que passeront toutes les communications entre la Lune, la station et la Terre. Véritable sas scientifique, c'est là aussi que seront installés de nombreux capteurs ou que transiteront par exemple des appareils optiques ou des nano-satellites, avant d'être arrimés à l'extérieur.

D'où la nécessité de s'assurer que tout est correct au niveau ergonomique. Et c'est là qu'entre en scène Jean-François Clervoy. Combinaison de plongée blanche, drapeau tricolore scratché sur le bras, il évolue au coeur de la cage déposée au fond du bassin. Cette structure métallique a le volume exact du coeur d'Esprit, où les futurs habitants de la station seront amenés à travailler.

Premier exercice: fixer à une des parois de la cage une grosse pièce plastique, réplique de la tête du futur bras articulé de la station, moulée par une imprimante 3D. Puis recommencer cette manoeuvre avec un cube d'environ 1 m de côté, la taille maximale des éléments qui pourront transiter par ce tunnel vers l'espace.

Dernière tâche, pour ce vétéran de l'aérospatiale de 60 ans, retraité du corps des astronautes de l'ESA depuis deux mois, après 33 ans et demi de service : toucher une quinzaine de cibles de couleur, à l'emplacement des boîtiers sur lesquels les spationautes interviendront pour les opérations de maintenance ; puis s'emparer d'un tournevis, fixé à la paroi, et aller visser ou dévisser deux fixations.

Verdict positif: "Rien de critique", explique-t-il, souriant, en sortant de l'eau, après avoir passé sa combinaison à Hervé Stevenin, en charge de l'entraînement au Centre européen des astronautes (EAC) de Cologne, en Allemagne. Lui aussi va répéter les mêmes opérations, sous le ciel bleu printanier qui illumine Marseille. Puis, si le feu vert est donné à cette maquette, elle partira pour Cologne, dans la piscine d'entraînement de l'ESA.

Les futurs passagers de Gateway devront attendre 2026 pour embarquer, selon le calendrier de la Nasa. Plus d'un demi-siècle après la dernière expédition sur la lune, en 1972.

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