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Etats-Unis: derrière la montée des taux, la prochaine crise?

Etats-Unis: derrière la montée des taux, la prochaine crise?
Le président de la Fed, Jerome Powell, le 13 juin 2018 à WashingtonANDREW CABALLERO-REYNOLDS

L'économie américaine affiche une santé robuste 10 ans après le début de la crise financière mondiale avec une forte croissance, un taux de chômage historiquement bas et un marché boursier aux sommets.

Mais avec les bonnes nouvelles, viennent les hausses de taux d'intérêt de la Réserve fédérale pour prévenir la surchauffe. La Fed devrait encore donner un tour de vis monétaire mercredi pour la 3e fois de l'année.

Après une décennie de taux très bas qui ont incité de nombreuses personnes et entreprises à s'endetter, la hausse des coûts d'emprunt peut exposer des risques cachés pour l'économie des Etats-Unis et de la planète.

- Prêts immobiliers? Pas cette fois -

Contrairement à la période qui a précédé 2008, les crédits immobiliers ne devraient pas être à l’origine de la prochaine crise.

Même s'ils continuent de constituer la grande majorité de la dette des ménages (68%) en s'élevant à plus de 9.000 milliards de dollars au 30 juin 2018, leur structure est beaucoup plus saine désormais, selon les récentes données de la banque de Réserve fédérale de New York.

La part des prêts accordés aux acheteurs peu solvables est très faible et le taux de délinquance sur les paiements est tombée à quelque 1%, proche de son plus faible niveau en 20 ans.

Les prêts hypothécaires à taux variables sont aussi bien moins nombreux (5-6% de la totalité) qu'avant la crise provoquée par les crédits à risques "subprimes".

Au lieu de cela, les propriétaires qui ont souscrit un prêt ont "en général bouclé un crédit à taux fixe extraordinairement bas", commente Michael Fratantoni, économiste en chef de la Mortgage Bankers Association.

Le taux moyen d'un crédit immobilier à 30 ans, référence sur le marché américain, était de 4,9% la semaine dernière et doit monter "seulement" à 5,3% d'ici l'année prochaine, a-t-il souligné.

- Crédits étudiants et automobiles -

Les prêts automobiles et étudiants sont plus préoccupants même si les volumes sont bien moindre que les prêts immobiliers.

Au 30 juin, l'encours de la dette étudiante s'élevait à 1.041 milliards de dollars et environ 11% est en souffrance.

La Fed de New York a également lancé un signal d'alarme sur la qualité des prêts automobiles dont l'encours total est de 1.024 milliards de dollars et qui sont accordés à un nombre croissant d'emprunteurs à faible solvabilité.

- Endettement des entreprises -

Après des années de faible taux d'emprunt, les sociétés en ont profité pour émettre des titres de créance et trouvé des acheteurs pour ces obligations figurant parmi les rares produits offrant un retour sur investissement rémunérateur.

Cette recherche de rendement a incité les acteurs financiers à investir dans des obligations spéculatives.

William Rhodes, ancien vice-président à Citigroup, a récemment affirmé que "le secteur financier n'a pas tiré les leçons de la dernière crise mondiale".

"Dans leur quête de rendement, ils ont continué à faire de leurs gains à court terme leur objectif primordial et maintenant ils vont se brûler", a-t-il affirmé dans une récente tribune.

Selon les économistes de Standard and Poor's, le montant de la dette des sociétés américaines, arrivant à échéance dans les trois prochaines années, est gérable.

Mais à partir de 2022, la moitié de la dette parvenant à échéance sera spéculative, plus vulnérable à un changement de conjoncture et plus difficile à refinancer. Le plus grand risque réside dans le secteur de la vente au détail et dans l'industrie pétrolière et gazière.

A l'instar des entreprises, les pays émergents ont aussi accumulé de la dette, qui devient plus onéreuse à rembourser quand elle est libellée en dollars.

Avec la hausse des taux d'intérêt de la Fed, le dollar va gagner en valeur incitant en outre les investisseurs à retirer leurs placements des marchés émergents.

Dans un rapport publié en avril, le FMI a averti qu'"un nombre considérable de pays à faibles revenus et d'autres petits émetteurs avaient subi une forte détérioration de la viabilité de leur dette".

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