La fusion Essilor-Luxottica validée sans condition par l'UE et les USA

Coup double jeudi pour la fusion franco-italienne entre Essilor et Luxottica: quelques heures à peine après le feu vert inconditionnel de la Commission européenne pour le projet, les autorités américaines de la concurrence ont fait de même, là aussi sans contrepartie.

A l'issue d'une enquête approfondie ouverte en septembre 2017, Bruxelles est parvenu "à la conclusion que l'opération de concentration n'aurait pas d'effet préjudiciable sur la concurrence" en Europe.

"Nos préoccupations initiales n'ayant pas été corroborées par les résultats de la consultation des acteurs du marché, nous pouvons laisser cette concentration se réaliser sans l'assortir de conditions", a commenté la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, citée dans un communiqué.

La décision européenne, reportée à maintes reprises, a été immédiatement saluée par les marchés, et les gains ont accéléré après le verdict de la Federal Trade Commission (FTC) américaine. Vers 16H15, Essilor grimpait de 4,78% à 113 euros, tandis que Luxottica prenait 5,31% à 51,98 euros.

"C'est évidemment une très bonne nouvelle, surtout vu que ce feu vert (européen) n'implique aucune contrepartie", a déclaré à l'AFP Cédric Rossi analyste chez Bryan Garnier. Si Essilor s'était toujours montré confiant, "les investisseurs étaient plus prudents".

- Le calendrier reste inchangé -

L'Union européenne et les Etats-Unis font partie des cinq juridictions antitrust mondiales, avec la Chine, le Canada et le Brésil, dont l'approbation est une condition suspensive de la réalisation de la fusion.

Seule la Chine manque encore à l'appel: l'office antitrust canadien a déjà dit oui fin novembre et un avis favorable définitif du Brésil est attendu d'ici peu, a précisé jeudi lors d'une audioconférence Laurent Vacherot, directeur général délégué d'Essilor.

Les deux groupes ont maintenu jeudi leur objectif de finaliser l'union d'ici fin juin 2018. Ils espéraient initialement le faire avant fin 2017, mais ont dû revoir le calendrier en raison des délais plus longs que prévu des autorisations réglementaires.

Depuis l'annonce de leur projet en janvier 2017, les deux groupes n'ont eu de cesse d'assurer que leur mariage n'engendrerait pas une situation de monopole, leurs marchés respectifs étant encore très fragmentés.

Par ailleurs il s'agit d'une fusion dite verticale, combinant deux activités différentes, les verres ophtalmiques pour Essilor et les montures pour Luxottica, qui par conséquent "ne se trouvent pas en concurrence", a admis la Commission européenne.

"L'entité issue de la concentration ne serait pas en mesure d'utiliser sa puissance sur le marché des lunettes de soleil pour évincer du marché les fournisseurs de verres concurrents", a encore estimé la Commission.

Le nouvel ensemble, qui sera baptisé EssilorLuxottica, doit donner naissance au leader mondial intégré de l'optique, avec un chiffre d'affaires annuel de plus de 16 milliards d'euros, une capitalisation boursière d'environ 50 milliards d'euros et 140.000 salariés dans le monde.

Son siège social sera basé en région parisienne et le groupe doit être coté à la Bourse de Paris.

- Résultats annuels solides -

Hasard du calendrier? Essilor a précisément publié jeudi ses résultats annuels, montrant un bénéfice net de 789 millions d'euros, en repli de 3% en raison des coûts du chantier de la fusion.

Mais son chiffre d'affaires a progressé de 5,3%, dont une croissance en base homogène (à taux de change et périmètre constants) de 3,1%, à la faveur notamment d'un quatrième trimestre dynamique.

Pour 2018, Essilor vise une croissance de son chiffre d'affaires en base homogène "autour de 4%", et sur une marge opérationnelle ajustée "supérieure ou égale" à son niveau de 2017, soit 18,3% du chiffre d'affaires (contre 18,6% en 2016).

La semaine dernière Luxottica, géant des lunettes de marques principalement sous licence comme Chanel, Prada ou Ralph Lauren, mais qui détient aussi des marques en propre comme Ray-Ban, Persol et Oakley, avait publié un bénéfice net annuel record d'un milliard d'euros, pour un chiffre d'affaires de 9,15 milliards d'euros (+0,8%, ou +2,2% à taux de change constants).

EssilorLuxottica doit être dirigé conjointement par l'actuel président exécutif de Luxottica, Leonardo Del Vecchio, qui aura 83 ans cette année, et par Hubert Sagnières, l'actuel PDG d'Essilor, qui va sur ses 63 ans.

Le futur groupe se dotera à terme d'un directeur général, avait confié M. Sagnières au Financial Times en décembre.

Qui? "Je ne pense pas que cela soit le point critique aujourd'hui", car les deux sociétés continueront à opérer indépendamment dans les premiers mois, a balayé jeudi M. Vacherot.

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