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Florissant mais contesté, le secteur du tourisme se réunit à Madrid

Florissant mais contesté, le secteur du tourisme se réunit à Madrid
Des touristes visitent le Parc Guell, le 2 novembre 2018 à Barcelone, en EspagnePAU BARRENA

La Foire internationale du tourisme de Madrid (Fitur) s'est ouverte mercredi avec des professionnels du monde entier d'un secteur en pleine croissance mais qui commence à se pencher sur ses effets négatifs.

La 39e édition de Fitur (23-27 janvier), qui est l'un des principaux salons consacrés au tourisme dans le monde, devrait battre des records d'affluence selon son organisateur Ifema: 886 exposants, quelque 10.000 entreprises participantes et plus de 250.000 visiteurs attendus.

Des chiffres en ligne avec ceux du tourisme au niveau mondial, qui ont battu un nouveau record en 2018 avec 1,4 milliard de touristes internationaux, 6% de plus en un an, selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT) des Nations unies.

Dans ses prévisions établies au début de la décennie, l'OMT ne prévoyait pourtant pas d'atteindre ce niveau avant 2020. Elle pourrait d'ailleurs aussi revoir à la hausse ses prévisions pour 2030 établies à 1,8 milliard, a annoncé lundi son secrétaire général, le Géorgien Zurab Pololikashvili.

Mais cette progression d'un secteur qui pèse 10% du PIB mondial, et croît plus vite que l'économie dans son ensemble, s'accompagne depuis quelques années d'une contestation dans plusieurs destinations phares qui s'estiment saturées ou dégradées par le tourisme comme Barcelone en Espagne ou Venise en Italie.

Des préoccupations auxquelles le secteur entend répondre. Fitur organise ainsi plusieurs conférences sur ce thème et a mis en place un observatoire du tourisme durable. Des initiatives de "tourisme responsable" sont mises à l'honneur, comme un groupement de villages portugais qui organisent des événements culturels hors saison pour éviter la saturation.

- Croisières et 'applis' -

Une table ronde sur le tourisme responsable doit réunir jeudi au Fitur les maires de stations balnéaires espagnoles symboles du tourisme de masse: Benidorm et ses gratte-ciel en bord de mer, Calvià et ses fêtes très alcoolisées à Magaluf...

La prise de conscience du secteur de la nécessité de répondre aux effets négatifs du tourisme "est quelque chose de structurel", affirme à l'AFP Antonio Alvarez Sousa, sociologue à l'université de La Corogne.

Pour lui, "les entreprises qui vont à Fitur, et les organisations comme Fitur (...) doivent inclure le marketing social parmi leurs activités si elles veulent être acceptées par la société et perdurer à l'avenir".

"Sans aucun doute, il y a un changement. On n'avait jamais autant parlé de trop de tourisme", déclare à l'AFP Claudio Milano, anthropologue et enseignant à l'école de tourisme Ostelea à Barcelone.

Il cite, parmi les raisons de la grogne, l'impact environnemental des bateaux de croisière ou les plateformes d'économie collaborative comme Airbnb, accusées entre autres de chasser les habitants des centres-villes.

Le secteur soutient toutefois que la contestation du tourisme reste très minoritaire. Selon un rapport de l'OMT, plus de la moitié des résidents de huit villes européennes dont Amsterdam, Barcelone ou Berlin disent souhaiter que le nombre de touristes dans leur ville continue d'augmenter, même si plus d'un tiers mettent un bémol à cette croissance en souhaitant qu'elle soit moins rapide ou moins concentrée en haute saison.

"Le tourisme apporte de grands bénéfices. Mais la communauté (locale) doit aussi recevoir ces bénéfices", reconnaissait mardi devant la presse Gloria Guevara, présidente du Conseil mondial des voyages et du tourisme (WTTC).

Parmi les solutions possibles, elle évoque une meilleure planification du tourisme comme à Dubrovnik (Croatie) où la mairie échelonne l'arrivée des bateaux de croisière ou l'usage de la technologie, citant l'exemple d'Amsterdam (Pays-Bas) où une application mobile indique en temps réel le temps d'attente à l'entrée des musées.

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