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Formation anti-racisme: Starbucks donne l'exemple et ferme 8.000 cafés

Formation anti-racisme: Starbucks donne l'exemple et ferme 8.000 cafés
L'enseigne d'un café Starbucks à Washington le 17 avril 2018SAUL LOEB
Formation

Un documentaire sur l'histoire des Noirs américains, un message enregistré par un rappeur, et un partage d'expériences sur les préjugés quotidiens: la chaîne de cafés Starbucks ferme mardi après-midi quelque 8.000 établissements américains pour sensibiliser ses employés au racisme, une première suivie de près aux Etats-Unis, sur fond de tensions raciales exacerbées.

Tous les cafés gérés directement par Starbucks devraient fermer à partir de 14H00 locales (18H00 GMT), a précisé la chaîne qui a banalisé l'expresso à travers les Etats-Unis. Les plus de 5.000 établissements gérés sous licence, dans les hôtels, aéroports ou commerces, resteront eux ouverts.

Cette initiative inédite, qui devrait mobiliser, quatre heures durant, quelque 175.000 employés, avait été annoncée le 17 avril par les dirigeants de Starbucks, après l'indignation suscitée par l'arrestation de deux jeunes Noirs dans un de ses cafés de Philadelphie.

Une arrestation au seul motif que les deux hommes avaient demandé à utiliser les toilettes, en attendant l'arrivée d'une connaissance pour consommer. L'incident avait été capturé sur smartphone et largement diffusé sur les réseaux sociaux, entraînant des manifestations avec la menace d'un boycott pour la chaîne de Seattle, qui revendique 100 millions de clients par semaine à travers le monde.

La chaîne cotée au Nasdaq a refusé que les médias assistent en direct à la formation, mais ses dirigeants en ont révélé les grandes lignes.

Hormis une séance de partage d'expériences, les employés seront surtout devant un écran: ils verront un film du réalisateur noir reconnu Stanley Nelson, sur l'histoire des Noirs et des discriminations infligées dans les lieux publics, un message du rappeur Common, habitué des publicités pour les grandes entreprises, et des messages des dirigeants de Starbucks, Kevin Johnson et Howard Schultz.

- "Etablir l'empathie" -

"Toute la direction de Starbucks a suivi la formation la semaine dernière", a déclaré M. Schultz mardi sur CNN. "L'idée est de se mettre dans la peau des gens de couleur, comprendre que le biais racial existe, le biais racial inconscient existe. Et de voir ce qu'on peut faire en tant qu'entreprise pour créer des références pour établir l'empathie, la compassion et un environnement accueillant pour tout le monde".

Mardi matin, des affichettes collées à l'entrée des Starbucks prévenaient les clients de cette fermeture, censée permettre aux employés de "se reconnecter avec notre mission et de partager leurs idées sur comment rendre Starbucks encore plus accueillant".

La fermeture des 8.000 établissements pourrait se traduire par un manque à gagner évalué entre huit et douze millions de dollars pour la société, selon diverses estimations.

Si d'autres formations contre le racisme ont été engagées ailleurs - notamment par la compagnie aérienne American Airlines ou la chaîne de grands magasins Target - jamais cela n'avait été fait aussi publiquement, et accompagné d'autant d'excuses, multipliées par Starbucks depuis l'incident d'avril.

Toute cette publicité met Starbucks sous pression d'arriver à un résultat et de servir d'exemple à d'autres entreprises, dans un contexte de tensions raciales exacerbées par l'arrivée au pouvoir de Donald Trump.

D'autant que la chaîne a, pour préparer cette formation, sollicité les conseils de dirigeants noirs connus - comme Sherrilyn Ifill, présidente du Legal Defense and Educational Fund, émanation de la puissante organisation de défense de la cause des Noirs NAACP, ou Heather McGhee, présidente de l'association Demos qui lutte contre les discriminations.

"Nous avons dit clairement que nous n'allions pas valider aveuglément leur programme si nous ne pensions pas qu'il puisse tenir ses promesses", a insisté Heather McGhee, en ajoutant qu'un rapport serait publié en juin sur les suites à donner à cette formation.

Car tous les spécialistes soulignent que quelle que soit la bonne volonté de Starbucks, les préjugés racistes ne disparaîtront pas en quatre heures.

"Nous savons bien que quatre heures de formation ne vont pas résoudre le problème de l'iniquité raciale aux Etats-Unis (...) mais nous devons lancer la discussion", a reconnu M. Schultz mardi.

"Nous sommes profondément décidés à suivre ce long chemin", a-t-il ajouté, et "allons étendre cette formation au monde entier".

La chaîne s'est fortement développée ces dernières années et compte désormais quelque 25.000 antennes dans 70 pays.

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