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France/agriculture: une enveloppe pour accélérer la conversion au bio

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"Il faut mettre le paquet": le gouvernement va engager 1,1 milliard d'euros de crédits vers les agriculteurs qui font le pari du bio, pour répondre à l'explosion de la demande, une annonce qui réjouit les agriculteurs bio mais laisse les ONG sur leur faim.

Cette enveloppe qui représente, selon le cabinet du ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, une augmentation de 62% par rapport au précédent plan de soutien à la production bio, doit permettre de faire passer de 6,5% à 15% les terres cultivées en bio d'ici à la fin du quinquennat, selon un document que l'AFP a pu consulter.

"Si on veut atteindre 15% de surface agricole utile en production bio en 2022 et être capable de structurer une offre qui réponde à notre objectif d'avoir 20% de produits bio en restauration collective publique en 2022 (50% en comptant les produits locaux ou sous signe de qualité), il faut mettre le paquet sur l'accélération de la conversion, parce que c'est décisif dans la structuration de l'offre aujourd'hui", indique-t-on au cabinet de M. Travert.

La crainte du gouvernement ? Voir l'explosion de la demande en produits bio submerger l'offre française et entraîner l'importation à moindre coût de produits bio de l'étranger face auxquels les producteurs français ne seraient pas compétitifs, les forçant à mettre la clé sous la porte de leur exploitation. D'où un choix assumé de favoriser la conversion plutôt que l'aide au maintien.

Lorsqu'il avait reçu de jeunes agriculteurs à l'Elysée en février, le président, Emmanuel Macron, avait chiffré à 1 milliard d'euros le déficit commercial de la France dans le bio.

Plus grave encore, selon l'Agence bio, la France importe près de 30% des produits bio qu'elle consomme.

Cette enveloppe de 1,1 milliard de financements publics exclusivement consacrés à la conversion, se composerait de 630 millions d'euros d'aides européennes, les fonds Feader (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural), de 200 millions de cofinancement de l'Etat, complétés d'autres financements publics, en provenance principalement des agences de l'eau.

La concertation autour du plan bio doit démarrer mi-avril, pour une présentation lors de la première quinzaine de juin.

"C'est à peu près les besoins qu'on avait estimés pour le 15% de bio, ça confirmerait qu'il y a bien le budget pour l'ambition", s'est réjouie auprès de l'AFP Stéphanie Pageot, présidente de la fédération nationale des agriculteurs biologiques.

- Les ONG dénoncent l'abandon de l'aide au maintien -

Elle a en revanche déploré que "la suppression de l'aide au maintien" pour les agriculteurs dont la conversion est achevée "reste d'actualité": "2,5 milliards d'euros sont encore dépensés chaque année pour soutenir des pratiques agricoles qui font peser sur la collectivité leurs coûts sanitaire, économique et environnemental".

En septembre, l'Etat, arguant d'une "impasse budgétaire", avait annoncé la suppression de sa participation à l'aide au maintien des agriculteurs bio, versée par les régions après les trois premières années de "conversion" à la bio, pour les aider à soutenir leur exploitation.

"Nous déplorons que l'Etat et l'Europe se désengagent du maintien à l'agriculture bio. C'est une des seules voies d'amélioration et, aujourd'hui, de rémunération des services environnementaux rendus par l'agriculture", déplorait Carmen Etcheverry, chargée de mission agriculture pour France Nature Environnement (FNE), jointe par l'AFP.

"On se réjouit que l'Etat honore sa parole et budgéte suffisamment pour pouvoir payer les conversions des agriculteurs", a réagi Mathilde Théry, responsable agriculture et alimentation Fondation pour la nature et l'homme (FNH, ex-Fondation Hulot). "Mais ce ne sera pas forcément assez incitatif", a-t-elle estimé, regrettant que l'Etat ne finance plus l'aide au maintien.

Le cabinet de M. Travert estime pour sa part que le surplus de demande par rapport à l'offre suffira à assurer la pérennité des exploitations converties au bio et que le levier de la restauration collective publique donnera "de la visibilité aux producteurs".

Parallèlement à ce plan, Stéphane Travert, lors d'un déplacement à Rome, a réitéré un objectif de multiplication par 10 du nombre de fermes expérimentales Dephy qui s'engagent à réduire drastiquement les pesticides pour les faire passer à 30.000, un but dans le viseur du précédent gouvernement.

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