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France: le marché du logement neuf se dégrade soudainement

France: le marché du logement neuf se dégrade soudainement
Le marché français du logement neuf a marqué le pas depuis le début de l'année, après deux ans de progression régulièreJOEL SAGET

Cela ressemble de plus en plus à la fin d'un cycle. Le marché français du logement neuf, qui marquait déjà le pas depuis le début 2018 après deux ans de progression régulière, commence le second semestre par un brusque déclin.

"Le mois de juillet est calamiteux: cette fois le logement plonge", a estimé auprès de l'AFP Jacques Chanut, président de la Fédération française du bâtiment (FFB), principale fédération du secteur.

Les permis de construire de logements, indicateur avancé du marché, ont fortement creusé leur recul en France de mai à juillet, selon des chiffres publiés mercredi par le ministère de la Cohésion des Territoires.

Au cours de ces trois mois, ils se sont élevés à 119.900, soit un recul de 12,1% par rapport à la même période de 2017, selon les chiffres du ministère. C'est une dégradation très marquée et concentrée sur le mois dernier: d'avril à juin, ils n'avaient baissé que de 4,3%.

En ce qui concerne les mises en chantier, qui témoignent du niveau effectif de la construction de logements, leur baisse conserve le rythme observé depuis plusieurs mois: elles reculent de 4,9% à 102.700. Un mois plus tôt, le ministère avait annoncé un déclin de 4% entre avril et juin.

En conséquence, les permis de construire, dont le recul s'accélère dans les logements individuels comme collectifs, s'inscrivent maintenant en nette baisse (-4,5%) sur l'ensemble de l'année écoulée à fin juillet, par rapport à la même époque un an plus tôt. Les mises en chantier restent en hausse (+3,4%).

- Le marché revient d'un pic -

"La situation devient préoccupante", insiste M. Chanut, estimant que le nombre de mises en chantier était en route pour repasser sous la barre des 400.000 cette année, après l'avoir nettement franchi en 2017.

Ce recul doit néanmoins être mis au regard d'une progression régulière du marché, celui-ci ayant atteint un pic au tournant de la fin d'année dernière.

Que ce soit en matière de permis de construire ou de mises en chantier, le logement neuf a régulièrement avancé en 2016 et 2017 dans un contexte marqué par des taux d'intérêt très bas et les conséquences du renforcement des aides publiques à la propriété sous le quinquennat de François Hollande, dont notamment le prêt à taux zéro (PTZ).

C'est sur ce dernier plan que le secteur du bâtiment concentre son interprétation de la faiblesse du marché: le nouvel exécutif, né de l'élection l'an dernier du président Emmanuel Macron, a reconduit le PTZ pour plusieurs années, mais en a réduit le périmètre géographique.

"La machine du logement est fragile", souligne M. Chanut, se refusant pour autant à parler d'"effet d'aubaine" en ce qui concerne les aides publiques.

Les professionnels du bâtiment ont fait de ce sujet l'un de leur chevaux de bataille, mais certains économistes remarquent aussi que les taux d'intérêt ont maintenant tendance à se stabiliser, certes à de très bas niveaux, et ne suffisent plus à accélérer la demande au moment où les prix montent.

Dans ce contexte, le gouvernement mise surtout sur la relance de l'offre dans le cadre de son projet de loi sur le logement, dit Elan, qui doit être définitivement adopté par les parlementaires en septembre.

L'exécutif, qui estime par ailleurs avoir donné une meilleure visibilité au marché en ce qui concerne les aides à la propriété, promet de "construire plus, mieux et moins cher" à l'aide notamment d'un allégement de certaines normes et de mesures destinées à limiter les recours contre les permis de construire.

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