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GB: Le gouvernement donne son feu vert à l'extension controversée de l'aéroport d'Heathrow

GB: Le gouvernement donne son feu vert à l'extension controversée de l'aéroport d'Heathrow
Une photo prise le 17 octobre 2016 montre un avion s'apprêtant à atterrir à l'aéroport d'Heathrow Daniel LEAL-OLIVAS

Le gouvernement britannique a donné mardi son feu vert définitif au projet controversé de construction d'une troisième piste à l'aéroport londonien d'Heathrow, le premier d'Europe en termes de passagers.

Cette décision a été prise dans "l'intérêt national", permettra de créer des "dizaines de milliers d'emplois locaux et stimulera notre économie", a affirmé le ministre des Transports, Chris Grayling, devant les députés, qui seront appelés à voter sur ce projet prochainement.

"Le temps est venu d'agir" après "un demi-siècle de discussions", a-t-il ajouté.

Le projet continue toutefois de profondément diviser l'opinion, milieux économiques comme politiques, jusqu'au sein même du Parti conservateur au pouvoir et du gouvernement. Le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, député d'une circonscription située à proximité de Heathrow, y est notamment opposé.

Pour s'assurer que le projet passe, Downing Street a annoncé mardi après-midi que les membres de sa majorité seraient contraints de participer au vote au Parlement et de suivre la ligne gouvernementale.

Les critiques, qui dénoncent les risques de nuisances sonores et de pollution accrue, ont d'autant plus mal reçu la nouvelle qu'elle tombe le 5 juin, Journée mondiale de l'Environnement.

"Bonne #Journéemondialedel'Environnement tout le monde", a tweeté ironiquement Zac Goldsmith, député conservateur de Richmond, une banlieue huppée du sud-ouest de Londres, proche de Heathrow et déjà largement survolée par les avions.

Le chef des Libéraux démocrates, Vince Cable, a dénoncé une "folie onéreuse qui nuira à l'environnement" tandis que le directeur général de l'ONG Greenpeace pour le Royaume-Uni, John Sauver, a estimé que "donner le feu vert à une troisième piste à Heathrow le jour de la Journée mondiale de l'environnement, c'est comme distribuer gratuitement des cigarettes lors de la Journée mondiale pour la santé".

Face à ces critiques, le ministère des Transports a assuré que le projet "sera réalisé de manière rentable et durable, avec un ensemble complet de mesures pour soutenir les communautés touchées et protéger l'environnement".

Il "sera financé par des fonds privés et les coûts ne seront pas supportés par le contribuable", a-t-il également assuré.

- Frais d'aéroport -

Avec plus de 75 millions de voyageurs accueillis chaque année, l'aéroport d'Heathrow est le premier d'Europe en termes de trafic voyageurs. Il accueille actuellement plus de 80 compagnies aériennes desservant plus de 200 destinations.

Son directeur général, John Holland Kaye, a "pressé tous les députés à voter en faveur de l'expansion", affirmant qu'elle apporterait "des milliards à l'économie britannique, ouvrira 40 nouvelles routes commerciales long-courriers pour les exportateurs britanniques, créera des dizaines de milliers de nouveaux emplois qualifiés à travers le pays et réduira les tarifs aériens pour les passagers".

Le patronat britannique s'est aussi réjoui de la nouvelle. "Étendre notre capacité en matière d'aviation, et créer de nouveaux itinéraires de vol vers des marchés en croissance rapide, est essentiel pour que le Royaume-Uni puisse rivaliser sur la scène mondiale post-Brexit", a-t-il estimé.

Mais le groupe aérien IAG, maison-mère de British Airways (BA) notamment, a au contraire mal réagi, estimant que le gouvernement "a manqué l'opportunité de doter le Royaume-Uni de l'aéroport dont il a besoin à un prix qu'il peut se permettre".

Avec l'extension, IAG craint l'explosion des frais d'aéroport, avec pour conséquence une hausse du prix des billets, faisant fuir les voyageurs vers d'autres aéroports. BA, très présent à Heathrow, voit par ailleurs d'un mauvais oeil l'arrivée future de nouveaux concurrents sur ce hub, en particulier le débarquement éventuel de groupes low cost, selon des sources au sein de l'industrie.

Chris Grayling a estimé que la décision du gouvernement constituait "une étape importante dans la construction d'un Royaume-Uni à rayonnement mondial". "Alors que nous quittons l'UE, le Royaume-Uni doit rester un des pays les plus connectés et les plus ouverts sur le monde et créer une troisième piste à Heathrow est la meilleure option pour y parvenir", a-t-il jugé.

Parmi les autres options étudiées mais finalement écartées figurait la création d'une deuxième piste à l'aéroport de Gatwick, situé au sud de la capitale.

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